Au bonheur des ogres, pour quoi faire ?

327 écrans diffusent Au bonheur des ogres cette semaine. Financé par Canal +, Ciné +, France Télé, un paquet de SOFICAS et même le grand duché du Luxembourg, c’était un peu le jackpot avant l’heure pour ce film voué à l’échec commercial et – surtout – critique.

Car cinématographiquement parlant, évidemment, et dès le début du film, le malaise est total. Visuellement, c’est plutôt beau (à ce prix-là…), bien fait, les dialogues sont très bien écrits, mais le tout manque cruellement d’imagination, malgré un matériau de départ (le bouquin de Pennac) pas dégueu.

Les comédiens ne sont pas tous mauvais, mais leurs personnages sont vraiment trop lisses, trop prévisibles, et les dialogues sont complètement téléphonés. Tous les personnages sont des héros à leur manière, et chacun a une bonne justification à ses actes, y compris le méchant/patron/assassin. La métaphore sur notre société de consommation qui cherche sans arrêt un bouc émissaire est extrêmement convenue, assez gros sabots.

Saluons le travail sur l’image, le quartier de Belleville, que je fréquente tous les jours, transformé en un décor façon « Amélie Poulain » au point qu’il faille bien afficher en très gros à l’écran « LE FOLIES » pour qu’on le reconnaisse. C’est bien que le cinéma français ait avec Nicolas Bary un réalisateur qui soigne aussi bien son image de mini-Jean-Pierre Jeunet, mais pourquoi faire ? Qu’est ce que c’est creux ! La construction est bâclée, Les flash-back sur l’intrigue secondaire sont insérés au petit bonheur la chance et la fin est risible de médiocrité.

Le point positif du propos de ce film, et c’est sans doute ce qui l’a aidé à obtenir tant de financements, c’est qu’il peut, ou plutôt aurait pu (dû ?) plaire à tout le monde et s’adresser à tous les publics. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a PAS de propos. Autrement dit, en voulant s’adresser à tout le monde, le film ne s’adresse à personne.

On y apprend aussi que la pédophilie c’est mal, et qu’il faut bien surveiller ses enfants dans les grands magasins.

Juste un truc à retenir, en somme, c’est le sourire de Bérénice Béjo, qui illumine le film.

Mais encore une fois : POUR QUOI FAIRE ?

Au bonheur des ogres, Nicolas Bary, avec Raphaël Personnaz, Bérénice Bejo, 1h32, France.

Jeremy Sahel est réalisateur, producteur et il aime l’internet, les contenus et la vie. il lui arrive d’être drôle mais aussi pathétique, et le plus souvent médiocre. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir un avis.

3 Comments

  • Répondre octobre 25, 2013

    Jeremy Sahel

    je n’ai pas lu les bouquins de Pennac. je ne me base donc que sur le film.

  • Répondre octobre 25, 2013

    Molser

    J’adore Pennac, je kiffe Malaussène et son métier c’est quand même bouc-émissaire. Je vois pas pourquoi ça t’accroche puisque ça transpire à chaque page de ses aventures. Et dans le bouquin, le fumier de patron a aussi droit à sa justification de l’injustifiable. C’est toujours comme ça chez les Malaussène, même la dernière des ordures peut faire partie de la tribu. T’arriveras pas à me niquer entièrement ma semaine ciné français, celui-là j’irai le voir quand même. Le coeur des hommes, avec ce que tu leur a mis, je peux plus.

  • Répondre octobre 23, 2013

    auroreinparis

    J’adore les livres de Pennac que je trouve plutôt imaginatifs et créatifs, avec une jolie poésie, et du coup, je n’ai pas voulu voir le film, je savais que j’aurais été déçue.

Leave a Reply