[FEFFS] Dark Touch : Carrie au bal des poupées

Nos notes

Après avoir effleuré le Fantastique avec Dans ma peau et Ne te retourne pas, Marina De Van plonge tête baissée dans le genre avec Dark Touch. La réalisatrice y aborde une fois de plus les tourments d’une figure féminine dans son rapport à elle-même et aux autres. Ici, une jeune fille incapable de se connecter au monde extérieur suite aux sévices infligés par ses parents. Un sujet casse-gueule, qui ne tombe jamais dans le sordide, grâce à une mise en scène élégante et suggestive.

Chloë Moretz n’a qu’à bien se tenir ! Avant de voir notre hit-girl lâcher les flingues pour la télékinésie dans le remake de Carrie, il faudra compter avec Missy Keating dans Dark Touch. Mais alors que l’héroïne de Stephen King se servait de son pouvoir pour se venger, il est en revanche symptomatique d’un désordre émotionnel chez la petite Neve.

Une nuit, les meubles de la maison de la fillette prennent vie et provoquent la mort de ses parents et de son petit frère. Alors même qu’elle est recueillie par les amis de ses géniteurs, les phénomènes se poursuivent. Neve prend peu à peu conscience qu’elle est l’instigatrice de ces troubles. Elle projette sa douleur et sa colère à travers les objets. Une souffrance résultant de l’horreur indicible : l’abus sexuel et physique de ses propres parents.

L’appréhension d’un tel sujet pouvait facilement verser dans le glauque ou le misérabilisme. La réalisation de Marina De Van joue pourtant avec finesse sur la confusion émotionnelle et mentale de sa jeune héroïne. La cinéaste réussit à créer une empathie déstabilisante pour la détresse de Neve, grâce à une direction artistique savamment étudiée. Du côté du casting, les parents adoptifs ressemblent étrangement aux parents tortionnaires. La bande-son fait écho aux traumatismes intérieurs de l’adolescente et, dans une photo froide et bleutée, les cadres se font inquiétants. Du point de vue de Neve, tout est angoissant, déformé : le moindre geste, le moindre objet.

A l’instar de ses précédents films, Marina De Van rend le familier menaçant (le corps dans Dans ma peau, le visage et l’entourage dans Ne te retourne pas). A travers son cinéma, l’auteure aime aussi observer les conséquences des blessures physiques sur l’âme, et comment celles-ci redéfinissent le rapport à soi et aux autres. Dans Dark Touch, l’atteinte charnelle de Neve l’empêche de se connecter au monde extérieur. L’altération de son esprit et la privation d’élans affectifs ne peuvent que la conduire à une fin tragique et effroyable.

Au gré d’une mise en scène classieuse, Marina De Van réussit donc le pari de restituer à l’écran la terreur psychologique d’un enfant maltraité tout en respectant les codes du genre. Si la réalisatrice a aussi le mérite de conserver son univers si personnel, on pourra regretter que ce dernier soit affaibli par une narration un peu trop linéaire. Néanmoins, Dark Touch reste une expérience horrifique efficace grâce à sa subjectivité dérangeante. La preuve qu’en France, le fantastique ne manque pas d’artisans de qualité. Encore faut-il leur donner une chance.

A lire aussi, notre entretien avec Marina De Van.

Dark Touch, Marina De Van, avec Miss Keating, Marcella Plunkett, Richard Dormer, France / Grande-Bretagne / Suède, 1h30. Prochainement en salles.

Verdict ?

Depuis qu’il a vu Gremlins dans une salle de cinéma strasbourgeoise à cinq ans et demi, le fantastique est devenu son genre filmique de prédilection. Son Mad Movies à la main, il décide à 14 ans de prendre la plume pour exprimer sa passion du septième Art. Afin de suivre son ambition, il quitte son Alsace natale au profit du soleil marseillais. Actuellement employé d’une agence de presse, on a pu entre-temps lire sa prose dans le magazine SFX, le journal La Provence et le site cinefil.com.

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