Le cinématographe de Claude Miller : l’enfance de l’art

Claude Miller a douze ans lorsqu’il écrit ces textes restés dans la famille comme le symptôme d’un avenir créatif inéluctable, dans un silence et un respect « un peu éberlué ». Ils offrent la clé de voûte d’une œuvre et d’une vie (présentation de l’éditeur).

Du « J’ai déjà vu » qui ouvre le livre à l’ « Épilogue », l’enfant se rêve adulte, et se fait voyant. L’imagerie qui se dessine à travers les poèmes trouve dans les bords de Marne, les Apaches et la Libération, de troublantes résonances historiques. « L’or en Californie » ou « New York symphonie » soulignent une fascination pour les cow-boys et l’Amérique, le petit Claude grandissant dans une famille pauvre, dont une partie fut déportée. Curieux recueil, modeste et pudique à l’image de l’homme, où le poète conte les flirts d’été ou « les bordels de Casablanca », se met dans la peau d’un homme traqué (« parce que j’avais dit bonjour à un nègre dans la 7e avenue »).

A travers ces miscellanées d’où perce un climat de terreur, l’enfant de la guerre, fils d’un juif laïque, dépeint l’antisémitisme. Claude Miller est né en 1942 mais raconte août 39 et emploie des décasyllabes fulgurants, tel Ronsard : « Chaleur, magnificence de ces nuits où l’amour dans chaque maison, rôde ! ». Apparaît un garçon pressé de grandir, effrayé d’avoir connu la guerre, du moins de l’avoir subie. La plupart des films de l’auteur cultiveront différemment le secret d’une enfance perdue, blessée.

Le cinématographe, de Claude Miller. 96 pages, 12, 80 €. Sortie le 2 octobre 2013.

Cousin lointain de Christophe Lambert. Aime Rosetta, Caroline Proust, la 3-D et les fondus enchaînés. S’enivre de films noirs. Devient tout vert quand on lui parle de Lars von Trier. Chasseur de têtes, rayon critique, fétichiste du texte, surtout ceux des autres.

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