The Loved Ones, de la difficulté de surmonter le râteau pour le bal de promo

Dans la mythologie teen américaine, le bal de promo tient lieu de rite de passage. Pour les seniors, il marque la fin des années lycée, et donc d’une certaine insouciance. LA soirée de l’année, propice aux plans drague plus ou moins efficaces et à l’élection du roi et de la reine du bal, sur fond de rivalités entre cheerleaders, est un moment clé des comédies ados (Retour vers le futur, American Pie, Elle est trop bien…). Mais le cinéma de genre n’est pas en reste. Carrie, Prom Night ou Bloody Mary, le dispensable troisième volet d’Urban Legend… plusieurs péloches horrifiques s’amusent à transformer la fête en bain de sang. Ce qui nous amène à The Loved Ones, film australien sorti directement en DVD chez nous il y a deux ans, et dans l’indifférence quasi générale.

Dommage, puisque le film, bien que plombé par une entame agaçante, ne manque pas de qualités. A commencer par le parti pris original de concentrer l’action non pas sur le bal en lui-même (on n’en verra quasiment aucune image), mais sur la lycéenne qui, avec l’aide de son papa, va régler son compte au garçon qui lui a mis un gentil râteau – tellement gentil que ce n’est même pas vraiment un râteau. L’essentiel de l’intrigue se déroule chez la jeune fille, dans la cuisine, autour d’une table réunissant la victime, ses deux bourreaux et une femme paraissant complètement lobotomisée. Ambiance.

Deuxième atout : la vengeance, complètement disproportionnée (euphémisme), ne se limite pas à une claque dans la gueule, mais prend la forme d’une séance de torture rigoureusement gore. Sean Byrne assume cette violence graphique et jusqu’au-boutiste, accompagnant son anti-héroïne vengeresse jusqu’au bout dans sa folie, avec ses clous, ses cordes et sa perceuse. Lola est une ado gâtée et capricieuse, qui obtient tout ce qu’elle veut de son père, et brutalise sa victime comme une petite fille casserait, en un rien de temps, la poupée qu’elle avait si longtemps désirée.

Troisième point fort, le jeune réalisateur réussit le tour de force d’instiller du romantisme dans l’horreur. Romantisme malsain, mais romantisme tout de même. Car, si l’on a éprouve une compassion constante pour le jeune Brent, dont le seul tort était d’avoir déjà une cavalière pour le bal, on finit par ressentir de la pitié à l’égard de Lola. Cette jeune fille au cœur égratigné est la version déviante de toutes ces amoureuses à sens unique, condamnées à fantasmer une relation qui ne se nouera jamais. The Loved Ones énonce un lieu commun, mais il le reformule de manière percutante : on ne peut forcer quelqu’un à nous aimer. Et l’amour fait mal.

The Loved Ones, Sean Byrne, avec Xavier Samuel, Robin McLeavy, Jessica McNamee, Australie (2011), 1h24.

Je suis cinéphage, avec un appétit particulier pour les films de genre. Je fais rarement la fine bouche, je ne dis pas « je n’aime pas » tant que je n’ai pas goûté, et je peux même me régaler de films que beaucoup trouveront indigestes. Mon péché mignon : le cinéma horrifique italien. Mes recettes préférées : celles du chef Dario Argento. Et quand je ne m’attable pas devant un film, je suis journaliste.

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