Lolita malgré moi, de la survie en milieu hostile

Cady, qui a passé toute son enfance en Afrique, fait sa première rentrée dans un lycée américain. Le choc des cultures est grand, et c’est entourée de deux amis qu’elle va tenter de trouver sa place dans ce monde hostile et aux codes bien établis. Car, de la jungle africaine à la jungle adolescente, le dépaysement n’est pas forcément garanti. Toutes deux sont régies par leurs propres règles, lois et hiérarchies. Côté high school, les ˵populaires˶ trustent le sommet de la pyramide. Ceux-ci se décomposent en plusieurs groupes, des sportifs aux pom-pom girls, qui règnent de tout leur snobisme sur les autres, plus ou moins bien lotis dans les échelons descendants : les ˵asiatiques cools˶, les artistes, les gothiques, les nerds du club de maths… Tout ce petit monde de stéréotypes, de clans et de cases, est présenté dans une scène de Lolita malgré moi, au cours de laquelle la caméra balaye un self-service, où les divers groupes se répartissent sans se mélanger. La chef des ˵plastiques˶ – comprendre la reine des populaires – se charge de faire les présentations.

Satire bubble-gum 

Dis-moi avec qui tu traînes et je te dirai qui tu es. C’est en substance ainsi que fonctionne l’esprit adolescent (ce qui ne change pas forcément avec l’âge, mais là n’est pas la question), comme si la popularité était contagieuse. Comme si le simple fait de côtoyer les vilains petits canards vous transformait instantanément en l’un d’eux. Cady en fera l’amère expérience : si elle infiltre le trio des ˵plastiques˶ sous couvert de démonter leurs stratagèmes, elle ne pourra s’empêcher de se laisser aller à la superficialité, heureuse de profiter de ce statut social privilégié. Lolita malgré moi se concentre sur ces enjeux de castes. En prenant la forme d’un film d’apprentissage (l’héroïne en tirera une leçon, qui la fera gagner en maturité, non sans avoir expié ses fautes lors du bal de fin d’année) et de satire bubble gum, il se distingue d’une majorité de teen movies, qui s’intéressent davantage à des bluettes ou à des histoires de perte de pucelage.

Sauce « Saturday Night Live »

Le scénario s’appuie en partie sur le guide Queen Bees and Wanabees – censé aider les parents à protéger leurs lycéennes de filles de la mauvaise influence des cheerleaders – et est signé Tina Fey, l’une des figures majeures de l’humour US actuel, essentiellement connue de ce côté de l’Atlantique pour ses imitations de Sarah Palin. Lorsque le film est sorti, en 2003, elle était l’un des piliers de la mythique émission Saturday Night Live. Lorn Michaels, le créateur du show comique, est le producteur du film. Des comédiens du SNL, Tim Meadows ou Amy Poehler, figurent au générique dans des seconds rôles. Avec un tel patronage, il n’est donc pas étonnant de retrouver dans Lolita malgré moi une causticité souvent rare dans les comédies teen lambda, aux effets comiques fainéants axés en-dessous du nombril. On retrouve ainsi les awkwards moments et petites humiliations quotidiennes, les anti-héros ridicules et les losers ostracisés qui parcourent les huit saisons de 30 Rock (2006-2013), sitcom à hurler de rire de et avec Tina Fey, couverte d’Emmy Awards et de Golden Globes, et hélas peu connue en France.

Li-Lolita malgré elle

Revoir Lolita malgré moi en 2013, c’est aussi se rendre compte que Lindsay Lohan, ˵petite fiancée de l’Amérique˶, débordant de fraîcheur et de candeur dans la fiction, est devenue en une décennie une Mean Girl (Une ˵peste˵, le titre original) in real life, décriée pour ses excès et sa superficialité, victime d’une popularité l’ayant menée à sa propre dérive. Pour la petite histoire, Li-Lo devait initialement incarner Regina, la peste de service, mais elle craignait que ce rôle ne nuise à son image. Au final, c’est Rachel McAdams qui fut choisie pour jouer ce personnage antipathique. Résultat : sa carrière a décollé.

Lolita malgré moi, Mark Waters, avec Lindsay Lohan, Lizzy Caplan, Daniel Franzese, États-Unis, 1h38 (2005).

Je suis cinéphage, avec un appétit particulier pour les films de genre. Je fais rarement la fine bouche, je ne dis pas « je n’aime pas » tant que je n’ai pas goûté, et je peux même me régaler de films que beaucoup trouveront indigestes. Mon péché mignon : le cinéma horrifique italien. Mes recettes préférées : celles du chef Dario Argento. Et quand je ne m’attable pas devant un film, je suis journaliste.

4 Comments

  • Répondre novembre 24, 2013

    Lewis Kouassi

    Un chouette teen-movie, que je ne me lasse pas de regarder, quand on le revoie en 2013 on rit jaune quand on voit ce qu’est devenu son actrice… Quel gâchis !

  • Répondre septembre 26, 2013

    Benjamin

    Ohlala, désolé mais c’est vraiment le plus mauvais film que j’ai vu depuis très longtemps: les intentions étaient sans doute bonnes mais c’est franchement raté, et dans le genre critique des « plastic dolls », ça n’arrive pas à la cheville de Legally Blonde, qui n’est pourtant pas un chef-d’oeuvre, mais avait au moins le mérite de tordre le cou aux idées reçues, alors qu’ici, ce sont les clichés qui contaminent les personnages… scénario d’une affligeante bêtise, personnages creux, humour qui tombe à plat… une vraie catastrophe.

  • Répondre septembre 13, 2013

    Roxy

    C’est Lizzy Caplan pas Kaplan.

  • Répondre septembre 12, 2013

    Elsa Renouard

    Cool, je ne connaissais pas le film, et ça donne envie!

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