Ilo Ilo : charmant, sans plus

Nos notes

Après l’avoir loupé à Cannes, où il avait pourtant reçu la Caméra d’or, nous avons pu voir Ilo Ilo, précédé d’un bouche à oreille plutôt flatteur, lors du festival Paris Cinéma. La déception a été grande, s’il s’agit d’un premier film assez charmant, on a du mal à comprendre les raisons d’un tel d’enthousiasme. Certes, Anthony Chen montre un certain sens de la direction d’acteur, laissant par ailleurs beaucoup de liberté à son jeune interprète (Koh Jia Ler), qui se dévoile sans pudeur comme la quintessence de l’enfance, la tyrannie succédant à la douceur. Central, le rapport entre le garçon et sa nounou (Angelo Bayani) est scruté avec intelligence et humanité.

Peut-être serons-nous traités de cœurs de pierre, mais cela suffit-il à faire un grand film ? La mise en scène manque cruellement de personnalité, et les interprètes seuls peinent à nous toucher. Ilo Ilo ne surprend pas, le cinéaste restant trop timide face à l’influence assumée du cinéma réaliste anglais. Sauf qu’Anthony Chen en dévitalise l’énergie et les qualités sociologiques, lui ôte toute saveur pour n’en garder que les tics documentaires. Le plus troublant est sans doute son choix de situer le récit à la fin des années 90, lorsque l’Asie dut affronter la pire crise économique de son histoire. Un contexte ici péniblement mis en perspective : il en faut, du temps, pour comprendre les raisons de la vague de suicides secouant le quartier où vit la famille de Jiale. C’est alors, pourtant, qu’Anthony Chen réussit sa plus belle séquence. Où, par la seule mise en scène, il fait ressentir au spectateur le trouble dans lequel se trouve Teresa, ainsi, on s’en doute, que l’ensemble des victimes de la crise économique.

Ilo Ilo, Anthony Chen, avec Yann Yann Yeo, Tianwen Chen, Angeli Bayani, Singapour, 1h39.

Verdict ?

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l’université pour y faire grève et bouffer du film. Je m’y passionne pour la critique et l’écriture de scénario. Depuis, je m’efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l’ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

Be first to comment