Le Dernier pub avant la fin du monde : the binouze friendship !

Nos notes

On le sait depuis Shaun of The Dead : le cinéma anglais s’est trouvé une nouvelle troupe de comiques. Orphelin du rire depuis la séparation des Monty Python, le septième art britannique s’est un beau jour réveillé avec la banane. Autant nommer les responsables : Simon Pegg, Nick Frost et Edgar Wright.

Shaun of The Dead se voulait, pour ses créateurs, le point de départ d’une trilogie placée sous les bons auspices de Kieślowski, Romero et des glaces Cornetto. Autant dire que ces trois-là ne cachaient pas leur admiration pour leurs ancêtres, les Python. Le point fort de Shaun of The Dead était de refuser de tomber dans la parodie du film d’horreur ; au contraire, les joyeux lurons travaillaient à faire de leur œuvre commune un pastiche du genre, nourri de scènes de comédie dangereusement hilarantes. Quoi qu’il en soit, ils le vendaient davantage comme une comédie romantique avec des zombies que comme un film d’horreur en tant que tel. Un coup de maître, qui leur vaut aujourd’hui l’admiration de Romero, et la réputation d’avoir régénéré le film de zombie. A l’image des œuvres de Lucio Fulci ou Brian Yuzna, Shaun of The Dead est devenu une référence. Du touchant Warm Zombies à l’insurrectionnel Cockneys vs Zombies, chacun y va de son clin d’œil.

Évidemment, en plaçant la barre aussi haut, il fut pour eux difficile de réitérer l’exploit. Hot Fuzz, leur film suivant, souffrait d’un évident souci de rythme. Bien que brillamment mis en scène, le temps de son introduction du moins, le film accélérait maladroitement pour finir sur une course-poursuite effrénée, lourdement surlignée par une musique envahissante. Le film n’en demeurait pas moins hilarant, mais Le Dernier pub… se propose aujourd’hui d’en corriger les faiblesses. A l’instar de Shaun of The Dead, le dernier opus de la trilogie veille donc à concevoir un tempo plus équilibré.

Le film ne s’en trouve pas moins face à une impasse. La sauce peine à prendre : il ne s’agit pas ici de pasticher un genre (le film-catastrophe que le pitch semblait promettre), ni même de le parodier (à l’instar du polar dans Hot Fuzz), mais plutôt de concevoir un film de l’entre-soi. Si les trois compères respectent le cahier des charges de leur trilogie, et notamment le pari des « codes couleur » (le rouge pour le premier opus, le bleu pour le second, le blanc pour le dernier), ils finissent par se prendre au sérieux, davantage qu’ils ne le font à l’égard des genres qu’ils reprennent.

C’est indubitablement ce qui péchait dans Hot Fuzz, et pèche davantage encore ici. On peut d’ailleurs s’interroger sur le possible essoufflement des auteurs. Entre la secte de Hot Fuzz et les robots de The World’s End certaines scènes semblent interchangeables. Dommage, car le film est sans doute le plus touchant des trois. L’entre-soi, qui peut parfois agacer, trouve ici une certaine légitimité. Au sein du récit, autant que sur le tournage, il s’agit d’un film de retrouvailles. Le succès de Shaun Of The Dead avait propulsé l’équipe sur la scène internationale, c’est désormais à Hollywood que tout ce beau monde tente sa chance. Mais, pour des raisons d’agenda, plus qu’artistiques ou sentimentales, c’est séparément que, souvent, chacun a dû faire ses preuves. Si, de toute évidence, Simon Pegg est devenu la star du trio, Edgar Wright et Nick Frost s’en sortent plutôt pas mal. Le premier a su, avec Scott Pilgrim, démontrer qu’il n’avait nul besoin de ses comparses pour déployer son talent. Quant à Nick Frost, on a pu le voir en compagnie de Pegg dans Tintin, ainsi qu’en solo dans Blanche-Neige et le chasseur.

Là se situe sans doute l’intérêt du dernier opus de la Blood & Ice Cream Trilogy : dans son rapport à l’amitié, à la popularité et aux jalousies se développant au sein d’un groupe d’amis. Est-ce un hasard si Simon Pegg interprète l’ancien leader du groupe ; si Nick Frost, de son côté, se trouve être le personnage le plus revanchard ? Edgar Wright s’offre ici l’occasion de reconsolider la troupe, de régler de possibles tensions, sans importance sans doute, mais qui, peut-être, auront vu le jour lorsque tous s’étaient confrontés à cette sorte de Sauron qu’est l’industrie hollywoodienne. Peut-être faut-il voir ici la source de l’intelligence artificielle qui, dans The World’s End, souhaite uniformiser le monde, et contre laquelle luttent nos héros. Ensemble, ils ne réussiront peut-être jamais à retrouver l’effervescence créative de Shaun Of The Dead ; tout, pour autant, laisse à penser que leur amitié est sans doute leur plus belle œuvre, et que le reste importe peu.

Le Dernier pub avant la fin du monde, Edgar Wright, avec Simon Pegg, Nick Frost, Paddy Considine, Grande-Bretagne, 1h49.

Verdict ?

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l’université pour y faire grève et bouffer du film. Je m’y passionne pour la critique et l’écriture de scénario. Depuis, je m’efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l’ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

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