American Nightmare : licence to kill en happy hour

Dans un film que j’aime beaucoup, deux inspecteurs avaient cet échange au sujet d’un suspect :
« J’sais pas ce qui m’retient de lui foutre la bécane dans la gueule !
– Mais le règlement, Belmont, tout simplement le règlement. »
Dans la vie non plus, on n’envoie pas une machine à écrire à la tronche de quelqu’un. Déjà, il faut en avoir une sous la main, et puis on pense toujours à la sanction encourue. Foutue conscience ! Et si la loi nous autorisait ce qu’elle interdit habituellement : délits, crimes et meurtres ?

James DeMonaco nous invite, en ce 21 mars 2022, un futur aussi proche qu’envisageable, à suivre James et Mary Sandin avec leurs deux enfants, qui se préparent sereinement à passer les 12h annuelles de massacres autorisés par la Purge. Mise en place par les Nouveaux Fondateurs de l’Amérique, les médias en retracent les bienfaits : les prisons ne sont plus surpeuplées, le chômage et le taux de pauvreté au plus bas. God Bless New America. Toute la violence et la haine accumulées durant l’année libèrent les instincts primaires. Ceux de la norme, qui en ont les moyens, se débarrassent de ceux de la marge gênante, suspension des services de police et des hôpitaux aidant. Immortalisés par les caméras de surveillance, les meurtres des précédentes éditions, diffusés en boucle, rappellent ceux des faits divers de nos JT actuels. Extrapolation d’une réalité politique et d’une inégalité sociale bien connues aux USA de nos jours, comme les avait mises au jour l’ouragan Katrina.
A 19h, le système de sécurité transforme leur résidence pavillonnaire en forteresse. Mais, voyant sur les écrans de contrôle un étranger implorant de l’aide, le fils le désactive. Face au pistolet du chef de famille en guise d’accueil, l’inconnu se cache dans leur maison. Ce SDF noir s’avère être le gibier d’une chasse organisée par de jeunes nantis, intimant à James de leur remettre leur proie, sans quoi ils tueront sa famille.

Contrairement à leurs voisins, James (Ethan Hawke) et Mary (Lena Headey) n’ont jamais ressenti le besoin de tuer. Ils soutiennent cependant la mise en place de cet exutoire, préférant la Nouvelle Amérique à nos USA. La Purge leur a permis de prospérer, puisque James vend des systèmes de sécurité. Ils ne regarderont pas, comme prévu, les retransmissions des violences nocturnes sur leur grand écran plat. Les moyens de défense et de protection que leur octroie leur ascension sociale ne les auront pas mis à l’abri d’une participation active à cette Purge, tantôt chassés par ces inconnus qui veulent récupérer le SDF, tantôt chasseurs en le traquant dans leur propre demeure. Chaque membre de la famille verra ses convictions se déliter. Le mieux/pire dans un film d’horreur/thriller, ce ne sont pas les effets spéciaux, le paranormal, la métaphysique, le surnaturel, mais bien la concrétisation de nos angoisses. Le tueur devient monsieur-tout-le-monde : celui que l’on croise en voiture, un voisin que l’on salue chaque jour, un proche de la famille, soi-même. Pur produit de son époque, bien plus monstrueux donc que n’importe quel créature de science-fiction. Qu’aurions-nous fait à leur place ? Et comment envisager de recroiser ces regards familiers, méconnaissables le temps d’une nuit ? Malgré un traitement qui peut manquer de nerf, cette série B interroge avec pertinence la dégénérescence de la société et, chose remarquable, sans morale imposée.

American Nightmare, James DeMonaco, avec Ethan Hawke, Lena Heaadey, Max Burkholder, Adelaide Kane, États-Unis, 1h26

Personne connue pour être associée au pole dance, aux mojitos, aux banoffees, aux films hongrois sous-titrés en tchèque, mais pas que, du moins elle l’espère.
Reconnait des plans de films qu’elle n’a pas vus. Même elle ne comprend pas cette compétence, mais ça lui permet de prendre la main qu’elle laisse aussitôt parmi ce groupe d’amis qui ne se connaissent pas. Ça lui suffit pour sourire.

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