Les Chansons populaires : père & fils, entre fiction et réalité

Nos notes

Les chansons populaires, ce sont celles dont Gabino, vendeur de CD pirates, vivotant de son petit trafic, tente d’apprendre par cœur les titres, les récitant à sa mère, ou à sa meilleure amie, qui tient un petit bazar à deux pas de chez eux. Si l’on n’y parlait pas espagnol, on pourrait se croire en présence d’un film récréatif de Jim Jarmusch. Cette même passion du cadre, du plan-séquence et du temps qui passe, pour disserter du quotidien. Sauf qu’il s’agit d’un cinéaste mexicain, Nicolas Pereda, et que, progressivement, le récit va se voir parasiter par son propre tournage, l’interrogation de l’oeuvre en tant qu’objet filmique. On s’étonne de voir apparaître la perche du preneur de son, puis un technicien obstruer le champ de la caméra. Quelque chose se passe, mais on ignore quoi. Le récit reprend de plus belle, lorsqu’apparaît le père de Gabino, qui avait fui le cocon familial plusieurs années auparavant. Que fait-il là ? Pourquoi est-il revenu ? Gabino et ses amis sont partagés entre la joie de son retour et les reproches légitimes qu’ils lui opposent. Au cours d’une discussion entre le père et le fils, le réalisateur interrompt le dialogue pour s’adresser à ses comédiens. Quels sont leurs rapports père/fils, non plus en tant que personnages, mais en tant qu’individus ? Si l’aspect OVNI du film intrigue, la frontière entre fiction et réalité, film et making-of, s’estompe de façon trop artificielle pour convaincre totalement. Peut-être parce que l’idée est ici imposée de façon insistante et maladroite. On retiendra donc surtout, en toute fin du film, le basculement total du récit fictionnel dans le réel – autant dire, rien moins qu’une forme de documentaire -, et ce touchant rapprochement entre père et fils.

Les Chansons populaires, Nicolas Pereda, avec Gabino Rodriguez, Teresa Sanchez, Luis Rodriguez, Canada / Mexique / Pays-Bas, 1h43.

Verdict ?

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l’université pour y faire grève et bouffer du film. Je m’y passionne pour la critique et l’écriture de scénario. Depuis, je m’efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l’ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

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