Insaisissables, quand l’illusionnisme se mêle à la franc-maçonnerie

Qui dit casting blindé + disciple de Luc Besson dit méfiance ; sans parler du vu et revu qu’annonçaient le synopsis et la bande-annonce.

Avouons-le : si l’on décide d’aller voir Insaisissables, c’est pour les comédiens à l’affiche (et non pas pour la filmographie du réalisateur de Danny The Dog, Le Transporteur, L’Incroyable Hulk…). Le film réunit une belle brochette d’acteurs en vogue, entre anciens indétrônables (Morgan Freeman, Michael Caine), ceux qui sont en phase de le devenir (Mark Ruffalo, Woody Harrelson), petits nouveaux à la mode (Jesse Eisenberg de The Social Network, Isla Fisher, récemment aperçue dans Gatsby Le Magnifique)… et même quelques français (José Garcia, Mélanie Laurent). Casting clinquant, donc, destiné à en mettre plein la vue, dans ce qui se présente, dès les premiers instants, comme un film-spectacle.

Le deuxième ingrédient pour réussir un bon tour de magie sur grand écran est le choix d’un thème enchanteur : ce sera l’illusionnisme, qui a par le passé démontré son efficacité, permettant d’allier spectacle et suspense tout en déployant une réflexion sur l’illusion au cinéma. On pense bien sûr à L’Illusionniste de Neil Burger, et surtout au Prestige, brillant numéro signé Nolan. Le rapprochement est trop tentant, appelé par la présence de Caine et de Freeman, et attisé par la volonté évidente de construire un scénario-puzzle, qui tienne le spectateur en haleine ; mais dangereux pour Leterrier, car passer après Nolan n’est pas chose facile. Pour détourner l’attention du manque de virtuosité scénaristique, il faut donc proposer une autre formule.

Le tour de passe-passe d’Insaisissables, c’est de transposer l’art du prestidigitateur dans nos temps modernes, où son effet se démultiplie grâce aux technologies et aux réseaux sociaux. On commence donc fort dans le MGM Grand de Las Vegas, où l’illusionnisme s’inscrit d’emblée dans le domaine du grand spectacle. De la Nouvelle-Orléans à New York, en passant par la Ville Lumière, les scènes de prestidigitation version paillettes permettent d’éblouir le public par des images impressionnantes. Sponsorisée par un millionnaire, notre équipe des Quatre Cavaliers (un prestidigitateur, un mentaliste, une pro de l’évasion et un pickpocket prodige) disposent d’un gros budget, et prennent des allures d’animateurs TV sous le feu des projecteurs de salles ultramodernes. L’intérêt croît avec l’ampleur sociale que prend le phénomène : nos magiciens sont en réalité des braqueurs, qui volent aux riches pour donner à la foule. L’illusionnisme prend une dimension politique et soulève les masses ; la magie se répand à coups de tweets. On peut déceler là une intéressante analyse sur la nécessaire régénération de l’art de l’illusion (clin d’œil au courant de la magie nouvelle ?), qui doit absorber toutes les innovations pour continuer à brouiller les repères du public et se donner un sens. Alors, étoiles ou poudre aux yeux ?

Le rythme redescend paradoxalement dans les scènes de course-poursuite avec le FBI, et l’on se demande si le film va garder un peu de son intérêt. On soupçonne le recours, par les auteurs, à la technique utilisée par les illusionnistes, à savoir le détournement de l’attention par l’action pour mieux faire passer d’éventuels manques dans le scénario. Certes, l’intrigue est grossièrement ficelée ; Leterrier n’a ni l’expérience ni la subtilité d’un Nolan. Mais qui pour le lui reprocher ? Cela n’empêche en rien de se laisser guider par l’image, et de renouer avec des tours de passe-passe dont on connaît peut-être les ressort,s mais qui fonctionnent, et au jeu desquels on se laisse prendre – et même surprendre, parfois.

L’importance de la vision est sans cesse rappelée dans le film : « The closer you look, the less you see », telle est la devise des prestidigitateurs, mais aussi celle de Leterrier, qui ne cherche pas de revirements virtuoses et d’enchaînements précis, laissant à certains tours et retournements leurs zones d’ombre. Se laisser prendre au jeu (malgré la visibilité de certaines ficelles), c’est ce à quoi invite Insaisissables, qui se revendique avant tout comme un grand spectacle. Pendant les scènes d’illusion, la magie opère. Quant au titre de l’article, pas de spoiler – filez en salles.

Insaisissables, Louis Leterrier, avec Jesse Eisenberg, Mark Ruffalo, Woody Harrelson, France / Etats-Unis, 1h56.

1 Comment

  • Répondre août 6, 2013

    Eve

    Bien payé pour un film qui sent un peu trop la mauvais tour de passe-passe… ^^

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