Michael Kohlhaas, d’Arnaud des Pallières – Compétition officielle

Petites remarques liminaires à l’attention des futurs spectateurs du nouveau film d’Arnaud des Pallières :
1. Ne soyez pas trop regardants sur l’hygiène. Ici le foin remplace le savon, et personne n’a l’air d’avoir rien à y redire, sans doute parce que ça nettoie très bien.
2. On n’est plus habitué, mais fut un temps où les pistolets, bah y en avait pas. On s’en remet donc aux bonnes vieilles arbalètes et aux glaives rouillés. Méthode un peu rustique certes, mais qui fait ses preuves.
3. Soyez ouverts d’esprit : des hommes qui se déguisent en nonnes, non ce n’est pas péché.
4. Soyez encore un peu plus ouverts d’esprit et regardez Denis Lavant, de retour d’une masterclass de l’Actor’s studio avec Maitre Yoda.

Trève de galéjades : Michael Kohlhaas, commerçant spécialisé dans les canassons, a subi une injustice. Mais le Baron local compte bien lui faire regretter d’avoir voulu convoquer les magistrats. Après avoir découvert le corps massacré de sa femme, Michael Kohlhass décide de lever une armée et de réparer les torts qui lui ont été causés. Tiraillé entre la soif destructrice de vengeance et l’impossibilité absolue à pardonner, Michael Kohlhaas arpente les plaines, accompagné de sa gracile fillette et de sa horde de fidèles serviteurs, prêts à en découdre pour laver l’honneur de leur maître.
Arnaud des Pallières donne à voir un homme tout à la fois dévasté et habité par son combat, faisant sans cesse des allées et venues dans ces forêts rousses qui donnent au cadre une chaleur que lui et ses hommes, exsangues, ont déjà perdue. Egaré dans une topographie troublante, Michael Kohlhaas décrit une trajectoire circulaire dans des espaces infinis qui reviennent inexorablement, ayant pour seul horizon son foyer, pourtant disparu. Une scène de combat dans la pénombre d’un donjon traduit le désordre régnant, le plan confond amis et ennemis dans un clair-obscur qui dévoile des corps si meurtris qu’on ne peut plus les reconnaître. Convoquer l’espace pour mieux décrire l’état d’esprit d’un homme qui ne sait pas comment mettre un terme au chaos qui règne dans sa pensée, voilà ce que fait Arnaud des Pallières. La frontière ténue entre justice et vengeance sur fond de Réforme protestante confère au film une profondeur spirituelle évidente, mais elle n’est véritablement abordée qu’à un seul moment dans le film, lorsque Denis Lavant, pasteur plutôt rigoriste (pléonasme me direz-vous) livre sa parabole à Mads Mikkelsen. C’est sans doute là que se trouve la faiblesse du film, dans cette absence de mots que les images ne peuvent tout à fait combler, dans cette contemplation qui finit par vider le propos de sa densité.

En revanche, Arnaud des Pallières excelle lorsqu’il esquisse avec une sublime pudeur la relation entre un père et sa fille, à la fois brisée et renforcée par la perte de leur épouse et mère. La colère de cette enfant explose dans une scène finale bouleversante, lorsqu’elle demande à son père de desserrer ce qui sera leur dernière étreinte. Michael Kohlhaas aura obtenu justice mais au prix de l’amour des siens, y aurait-il plus grand sacrifice et plus lourde perte ? A la seule vue de ce plan, on pardonne tout au film, ses longueurs et ses silences. Mads Mikkelsen prouve une fois encore que le cadre parvient tout juste à contenir sa puissance et sa splendeur débordantes.

Michael Kohlhaas, d’Arnaud des Pallières, avec Mads Mikkelsen, Mélusine Mayance, Delphine Chuillot, Denis Lavant, France, 2h02.

5 Comments

  • […] prodigieux T.S. Pivet Olivier Bériot pour Les Garçons et Guillaume, à table ! Anina Diener pour Michael Kohlhaas Pascaline Chavanne pour […]

  • Répondre août 19, 2013

    Elsa Renouard

    Le cinéma d’Arnaud des Pallières, qui fait de l’ellipse un snobisme et de l’incapacité flagrante à découper une scène d’action une pseudo marque de style (nullissime scène d’attaque de couvent, illisible scène de vengeance), est franchement énervant. Mais je suis assez d’accord, comment ne pas pardonner à un film qui conjugue
    +période historique passionnante
    + interprétations époustouflantes (Mads et Denis)
    + 2 scènes super fortes (dont la fin)
    +magnifiques chevaux
    +Cévennes
    + costumes somptueux
    +Marguerite de Navarre
    ???

  • Répondre août 15, 2013

    Carine

    Quelqu’un a-t-il lu le livre dont le film est inspiré?

    • Répondre août 15, 2013

      GAEL

      On le trouve sur Ipad?

  • […] cette année abordaient le thème de la guérison comme Jimmy P , Le passe, Jeune et jolie, Michael Khohlhaas ou les rencontres d’après minuit . Ici Saul guérit par la vie, pas par la médecine, ni par […]

Leave a Reply