Ugly, d’Anurag Kashyap

Nos notes

L’année dernière, Anurag Kashyap était un parfait inconnu en France. Puis le cinéaste a déboulé sur la Croisette avec son hallucinante chronique mafieuse de plus de cinq heures, Gangs Of Wasseypur. En regard de cette fresque, Ugly fait figure de court-métrage. A dire vrai, le format sied beaucoup mieux à l’auteur qui, en terme de mise en scène, va ici directement à l’essentiel. C’est sec et violent. On le sentait déjà dans son précédent film : Kashyap ne souhaite pas s’adresser au seul public indien, on sent le cinéphile, aussi fan de Johnnie To que de Michael Haneke. Évidemment, Kashyap n’est ni l’un ni l’autre, mais il reprend à son compte l’obsession des constructions géométriques du premier et, à l’image du second, utilise le cinéma pour interroger la violence.

Cette violence, c’est en l’occurrence celle d’un pays où il est courant de retrouver des corps d’enfants morts, où la police a recours – de façon quasiment officielle – à la torture, et où l’on peut, à la moindre suspicion, se faire lyncher par la foule. Plus précisément, Kashyap pointe du doigt la classe moyenne indienne, dont la mentalité est pour lui problématique car elle se désintéresse de ces formes de violence, pour mieux en exercer une autre dont la source est l’envie de s’enrichir et la rancœur. Cette violence de l’argent s’exprime avec un cynisme assumé. Comme le chante M.I.A dans Paper Planes : « All I wanna do is (BANG BANG BANG BANG!) And (KKKAAAA CHING!) And take your money ». Réduite à un simple McGuffin, la disparition de la petite fille n’est qu’un prétexte, pour les protagonistes (dont les parents de l’enfant eux-mêmes), à se rendre responsables afin de se gaver de l’argent des grands-parents prêts à offrir une avantageuse rançon. Plus que la violence physique, c’est celle d’un monde dans lequel tout sens moral a disparu qu’Anurag Kashyap voudrait dénoncer. Une ambition qui doit s’en doute l’avoir effrayé car si le générique est très fortement marqué par celui de Funny Games, le réalisateur préfère en fin de compte organiser un jeu macabre, qu’il voudrait s’en doute proche du cinéma de Tarantino. Mais Tarantino ne se risque pas à dénoncer quoi que ce soit, si ce n’est l’absence de goût cinématographique de ses collègues. De ce point de vue, et même s’il est loin d’être honteux en terme de spectacle, Ugly suscite quelques interrogations quant aux intentions de son auteur.

Ugly, Anurag Kashyap, avec Ronit Roy, Vipin Sharma, Inde, 2h08.

Verdict ?

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l’université pour y faire grève et bouffer du film. Je m’y passionne pour la critique et l’écriture de scénario. Depuis, je m’efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l’ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

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