The Congress, d’Ari Folman – Quinzaine des réalisateurs

Cinq ans après son chef-d’œuvre Valse avec Bachir, Ari Folman revient à Cannes, mais par une porte dérobée cette fois. Alors qu’il était reparti bredouille de la compétition officielle en 2008, le cinéaste israélien ne pourra concourir pour la Palme cette année. C’est bien dommage, parce qu’avec des titres aussi prestigieux, les sections parallèles finissent par voler la vedette à la sélection officielle. Tant pis pour celle-ci si l’animation lui fait peur : cinéaste ambitieux, Ari Folman a cette fois fixé la barre encore un peu plus haut.

En plus de réfléchir sur les rapports du cinéma live à l’animation – et du réel à la fiction -, il adapte aujourd’hui l’un monument de la littérature de science-fiction: Le Congrès de Stanislas Lem. L’auteur de Solaris, que les cinéphiles connaissent au moins via ses adaptations cinématographiques (signées Tarkovski et Soderbergh) est également connu pour s’être attaqué au totalitarisme à travers ses livres. Le Congrès dénonçait ainsi les méthodes de propagande de l’appareil d’état bolchévique. Le film de Folman, lui, s’attaque à la façon dont les banksters hollywoodiens usent du pouvoir des images pour imposer leur idéologie. Abandonné aux mains des seuls financiers, le cinéma pourrait bien disparaître, et l’humanité avec. Loin de livrer un pamphlet contre la technologie, Ari Folman semble vouloir nous faire réfléchir sur l’omniprésence de l’image dans nos sociétés, et le désir d’être-image des stars. Fasciné par l’image, nous serions incapables de comprendre la logique financière des propriétaires des grands studios qui, aujourd’hui, n’entretiennent plus le moindre lien avec le cinéma.

The Congress fait ainsi figure d’avertissement aux spectateurs, acteurs et cinéastes quant aux prochaines révolutions technologiques (parmi lesquelles la Light Stage 5, utilisée dernièrement par Alfonso Cuaron pour modeler en numérique le jeu de Sandra Bullock et George Clooney dans son prochain film, Gravity). Associées au pouvoir des multinationales et des financiers, celles-ci pourraient se transformer en machines à détruire l’humanité – ou du moins à vider celle-ci de sa substance. Si, après avoir filmé la mémoire d’un soldat, Ari Folman s’intéresse désormais au souvenir d’une image de Robin Wright – qui pense avoir été, dans une vie passée, la réelle Robin Wright -, c’est qu’il ne semble guère optimiste quant à la survie de l’humanité.

The Congress, d’Ari Folman, avec Robin Wright, Harvey Keitel, Jon Hamm, Etats-Unis, 2h.

3 thoughts on “The Congress, d’Ari Folman – Quinzaine des réalisateurs

  1. J’ai adoré Valse avec Bachir, et je trouve qu’il y a une belle ferveur dans The Congress. Mais j’ai quand même l’impression qu’Ari Folman veut dire tellement de choses qu’il se perd au passage. Le tout manque un peu de cohérence, surtout dans la deuxième partie, où finalement l’histoire avec le fils prend un peu le dessus. Mais bon ne crachons pas dans la soupe, Ari Folman reste un grand réalisateur qui ose…

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