Sous surveillance, un thriller pas vraiment révolutionnaire

L’arrestation de Sharon Solarz (Susan Sarondon), ancienne activiste du Weather Underground, attise la curiosité du jeune reporter Ben Shulberg (Shia LaBeouf), qui replace l’affaire sur la scène médiatique. L’enquête le mène sur la trace de Jim Grant (Robert Redford), avocat brillant et père de famille, qui, traqué par le FBI, devra affronter son passé et prouver son innocence.

On sait le traumatisme que représente pour les américains la guerre du Vietnam, cet enlisement dans un désastre humain nourrissant progressivement l’activisme en faveur de l’arrêt du conflit. Les images d’archives qui ouvrent le dernier film de Robert Redford se concentrent sur la face armée de ce mouvement de protestation en la figure du Weather Underground, collectif de la gauche radicale entré dans la clandestinité à la fin des années 1960s. Le sujet a de quoi intéresser Robert Redford, classé – peut-être à tort – dans la rubrique « cinéaste engagé ». Mais Sous surveillance n’est pas un film historique, ni même vraiment politique. En adaptant le roman de Neil Gordon, The Company You Keep, Redford focalise son regard sur le rapport de l’Amérique à son passé en adoptant le prisme d’anciens activistes condamnés pour meurtre. Idée intéressante, mais qui contient en germe les limites de l’entreprise : la vitalité première du thriller annoncé est quelque peu plombée par les relations interpersonnelles et les états d’âme des différents protagonistes.

Le début du film est pourtant efficace : Redford dévoile progressivement, à la manière des thrillers d’espionnage des années 1970s de Sydney Pollack ou d’Alan J. Pakula (notamment Les 3 jours du Condor et Les Hommes du Président dans lesquels il tenait d’ailleurs les rôles principaux), les fils d’une intrigue aux ramifications complexes dans une mise en scène rythmée et soignée, quoique que peu originale. Sont introduits en parallèle les différents protagonistes, dont chacun fait partie intégrante d’une réflexion d’ensemble sur la perte des idéaux dans une Amérique désabusée. Chaque personnage a en effet un rapport spécifique à son passé : regret ou condamnation du recours à la violence, culpabilité face à la mort d’une personne innocente, sentiment de perte de sens des valeurs hier encensées, poursuite de la lutte sous une forme constamment réinventée. Le personnage interprété par Susan Sarandon (qui disparaît malheureusement trop vite) est certainement le plus intéressant, notamment dans la réflexion qu’elle soulève sur la légitimation du crime à des fins politiques. Certes, ce n’est pas révolutionnaire – on pense notamment aux Justes de Camus – mais le propos sonne plutôt juste et l’interprétation de Susan Sarandon (comme de l’ensemble du casting d’ailleurs) est impeccable.

Dommage que l’élan dynamique du premier quart du film soit coupé par un récit laborieux qui se perd dans des pérégrinations mélodramatiques peu pertinentes. Le rythme s’essouffle progressivement, à mesure que les personnages deviennent de plus en plus convenus (mention spéciale au jeune journaliste arriviste qui sera finalement sauvé par l’amour). Mais surtout, c’est le manque de courage politique de Redford, ce trait bien-pensant qui marque la plupart de ses films (et notamment son dernier, Lions et Agneaux), qui est le plus regrettable. Bien sûr, on ne s’attend pas à ce qu’il légitime l’action révolutionnaire, mais le geste manque résolument d’amplitude. La fin est en cela édifiante : le cocon familial semble être la valeur refuge suprême, au détriment des idéaux qui sont gommés d’un seul geste dans le sacrifice ultime de la dernière activiste du groupe.

Sous surveillance, Robert Redford, avec Robert Redford, Shia LaBeouf, Susan Sarandon, Etats-Unis, 2h01.

Cinéphile éclectique, surtout quand il s’agit de cinéma américain (voire anglo-saxon à la limite).

1 Comment

  • Répondre mai 7, 2013

    John C. Leroy

    Hé hé ! « Nick Nolte a vachement vieilli »… Je me suis fait la même réflexion en matant « Parker », nanar stathamien de qualité ^^

Leave a Reply