Les Expendables à la française : une unité très spéciale

Si vous vous demandez où j’ai bien pu passer ces derniers mois, je vais vous le dire sans détour : je me suis paumé dans le temps et l’espace à cause des caprices de mon Tardis (ce qui m’a d’ailleurs fait prendre un nombre de détours incroyable). Il est grand temps que je voie si le garage a réparé ma De Lorean.

Qu’ai-je vu au cours de mes derniers voyages, vous demanderez-vous à juste titre ? Chaque chose en son temps. Aujourd’hui, je vais vous parler de ce que Luc Besson – humaniste s’il en est et toujours prêt à inventer les pires scénarios possibles pour que les pécores de base se sentent des Dieux après visionnage du film – a fait de la franchise Expendables.

Expendables, c’est ke-wa ?

Petit rappel, tout d’abord, pour celles et ceux qui débarqueraient. The Expendables est un film signé Sylvester Stallone, qui sort sur les écrans en 2010. Le bon vieux Sly, metteur en scène notamment de Rocky Balboa (2006) et John Rambo (2008), nous offre avec cette nouvelle réalisation un pur concentré des films d’actions des années 80 et 90, en large partie grâce à un casting de gueules cassées ayant plus ou moins réussi au box-office : Dolph Lundgren, Mickey Rourke, Eric Roberts, Jet Li, Bruce Willis ou bien encore Arnold Schwarzenegger. A ces quelques noms s’ajoutent les acteurs des actioners des années 2000, comme Jason Statham, Terry Crews, Steve Austin ou Randy Couture.

Pour vous résumer l’action : un groupe de mercenaires dirigés par le personnage de Sly s’occupent de missions plus ou moins risquées pour des intérêts privés comme pour des gouvernements, lorsque ceux-ci ont besoin qu’un problème soit réglé off the books. Le principe de base est des plus simples, comme vous pouvez le voir, et on n’en demande pas plus. L’action est là, le sang gicle dans tous les sens, les blagues sont vaseuses, les punchlines font mal et j’en passe !

The Expendables 2, cette fois mis en scène par Simon West, sort en 2012 et va encore plus loin dans l’autodérision que le premier opus. Le film offre ainsi des rôles plus conséquents à Willis et Schwarzy (où l’un et l’autre échangent leurs répliques cultes de Terminator et Die Hard) tandis que Chuck Norris (qui livre lui-même un Chuck Norris fact) et Jean-Claude Van Damme (dans le rôle d’un vilain qui s’appelle… Vilain) rejoignent l’aventure. La séquence finale dans un aéroport où tous les héros de notre enfance dézinguent du méchant figurant à tour de bras est d’ailleurs rapidement devenue culte.

Fort du succès des films Expendables à l’international, Luc Besson décide au cours de l’année 2016 de lancer sa propre version de la franchise. Il met donc à contribution toute la joyeuse clique d’Europa Corp avec pour seule et unique consigne « d’entamer un nouvel âge d’or du cinéma d’action français ». Oui, rien que ça.

Les équipes créatives d’Europa Corp (sic) planchent sur la question et tombent rapidement sur une impasse. C’est bien simple : après des années à produire de la daube bon marché, ils sont juste incapables de pondre une histoire qui tienne à peu près debout. La solution arrive alors par miracle de la bouche de Saint Luc : « Le public n’en a rien à carrer, de l’Histoire. Ce qu’il veut voir, ce sont les personnalités préférées des Français réunies dans un seul et même film qui ne leur prendra pas la tête. Réfléchissez un peu… Comment vous croyez qu’on arrive encore à se maintenir à flots après toutes ces années à faire toujours le même film à base de putes, d’Audis, de vengeance, de mafia et de mecs super balaises qui castagnent tout le monde ? »

Une fois leurs larmes séchées après un si beau discours, les créatifs (SIC) décident de suivre les pas du Maître et font le tour du carnet d’adresses de la boîte, appelant et sécurisant le maximum d’apparitions à l’écran avec quelque chose du genre : « Tu vas te faire de blé, jouer avec des flingues, prendre les spectateurs pour des cons et dire que c’était une expérience géniale ! Le quoi ? Le script ? Ah ! On est dessus, t’inquiète. Tu vas A-DO-RER ! On a appelé Fabien Oteniente à la rescousse et il a vraiment renforcé l’aspect comique du film. »

L’idée du film est la même que celle de la franchise américaine : un groupe de mercenaires – bien de chez nous, cette fois-ci – s’occupe de résoudre les problèmes d’intérêts privés comme publics lorsque ceux-ci doivent agir dans une zone juridique des plus grises, voire carrément obscure. Le personnage à la tête de l’unité spéciale, renommée « Expanedébeulezes », est interprété par Gérard Klein et je ne résiste pas à l’envie de vous décrire la scène d’ouverture du film (qui n’aura bien entendu rien à voir avec la suite) : un décor désertique (genre, la Creuse plutôt que le Nevada), une moto qui arrive dans le champ et finit par s’arrêter non loin de la caméra et un Gérard Klein qui retire son casque et brise le quatrième mur en lançant ces quelques mots aux spectatrices et spectateurs interdits : « On va faire… des problèmes ! ». Et là, PAF ! Générique.

Quelle est donc l’histoire de ce film, vous demanderez-vous à juste titre ? Elle est des plus simples et tient sur le quart du centième d’un minuscule mouchoir de poche : alors qu’ils profitent de vacances amplement méritées au sein d’un camping 5 étoiles tenu par le personnage de Franck Dubosc, les membres de l’unité spéciale doivent affronter un gros ponte de la mafia albano-corso-russo-iranienne, interprété par Tcheky Karyo, qui souhaite rayer le camping de la carte pour construire un casino qui, nous explique-t-on, servira à blanchir l’argent de son trafic de drogues et d’armes de contrefaçon chinoise. La fine fleur de la police française va bien évidemment se trouver mêlée à cette sombre affaire.

Et niveau casting ?

On a déjà Gérard Klein en chef d’équipe, Franck Dubosc en patron de camping qui cherche à étendre son activité aux croisières et Tcheky Karyo en parrain de la mafia, bien entendu à l’aise dans ce genre de rôles. C’est loin d’être fini.

André Dussolier est un vieux de la vieille qui sert de guide spirituel au reste de cette unité très spéciale, tandis que Jean-Pierre Bacri rejoint les méchants du film et interprète un lieutenant constipé qui se plaint sans cesse de son patron, Tcheky Karyo.

Jean Reno est de son côté le pilote d’hélicoptère attitré de l’équipe et Gérard Lanvin en est le spécialiste en explosifs. Christian Clavier joue le cuistot qui se bat à coups de poêles et de casseroles et ne sait « préparer » qu’un plat : le corned beef. François Cluzet, après sa course-poursuite remarquée dans Ne le dis à personne, se trouve quant à lui cantonné au rôle de l’appât en fauteuil roulant.

Omar et Fred jouent deux portes-flingues (méchants, donc) pas franchement futés. Kad et Olivier sont deux flics débiles (comme c’est étrange) sur la trace de nos « héros ». Gérard Darmon, Richard Berry et Roger Hanin sont de retour dans le rôle du clan Bettoun pour un dernier grand pardon en vacances tandis que Jean-Louis Trintignant laisse tomber l’Amour pour retrouver son insigne de Commissaire. Astier père et fils sont les équivalents de Willis et Schwarzy dans le premier Expendables et ce bon vieux Johnny est celui de Chuck Norris dans le second opus. Patrick Sébastien joue quant à lui un ancien militaire alcoolique qui se travestit au sein du cabaret du camping – sorte d’Ethan Hunt du pauvre.

Dany Boon, Jean Dujardin et Gad Elmaleh font chacun une apparition en tant que Ch’ti, Brice de Nice et Chouchou au cours d’une scène d’anthologie où l’unité spéciale décide de décompresser un peu devant la télévision avec force bière, chips et cacahuètes. Problème, la télé ne capte qu’une seule et unique chaîne et nos protagonistes tombent sur le prime des « Ch’tis chez les riches surfeurs d’Ibiza ». On pourrait saluer l’effort d’Europa Corp, qui décide de se lancer dans la critique virulente de la télé réalité – sauf que toutes les variations des « Ch’tis » sont, dans le futur, les programmes les plus regardés de la télévision. Ce n’est donc qu’un bas coup de marketing destiné à faire jouir le spectateur abruti lorsqu’il verra trois de ses comiques préférés pleinement impliqués dans son émission de real TV préférée.

Enfin, lors d’une séquence pleine de tension à Roland Garros, on peut également apercevoir Gaël Monfils qui boit du lait et Jo-Wilfried Tsonga qui bouffe des Kinder Bueno. Notez qu’à aucun moment ceux-ci ne semblent disposés à disputer un quelconque match de tennis, et que cette scène ne sert strictement à rien puisque la mafia, les flics et les Expendables font une trêve pour profiter d’un spectacle inexistant. Encore aujourd’hui, je n’y comprends rien.

Bref, je suis content que mon Tardis ait décidé de fonctionner à nouveau après le visionnage de ce film. Ainsi, j’ai pu partager cette vision d’horreur avec vous. Et au moins, je ne serai pas le seul avec un cerveau qui a voulu se faire la malle dans un pays où ne pratique pas l’extradition.

Élevé au rock ‘n’ roll, à Tex Avery, à Calvin & Hobbes et j’en passe, je mets à profit un Tardis retapé par mes soins pour aller glaner dans le futur quelques infos primordiales sur le septième art. Et parfois dans le passé, aussi. J’ai également un Master ès Nanars et Flims en mousse. Je travaille aussi sur une thèse intitulée « Xena: The Rainbow Warrior Princess » et qui vise à décrypter la manière dont sont abordés les thèmes de l’homosexualité et de l’écologie dans « Xena : Princesse Guerrière ». No shit, Sherlock.

5 Comments

  • […] il est clair que 12 heures, mis en scène par Simon West (également réalisateur de l’excellent Expendables 2), est une belle daube. Je ne le qualifierai même pas de nanar, dont je suis pourtant friand. Non, […]

  • J’adore tous les acteurs individuellement, mais le film en lui meme ne m’a pas séduit.

  • Répondre mai 8, 2013

    Jérôme Wurtz

    « les pires scénarios possibles pour que les pécores de base se sentent des Dieux après visionnage du film » : le terme « pécores » est plus limite. Ceux qui habitent en ville ont tout compris au cinéma et les provinciaux non? bof bof bof

    • Répondre mai 9, 2013

      John C. Leroy

      Ce n’est pas à prendre au premier degré. C’est le personnage du voyageur du temps qui s’exprime ici 😉 Vois-le plus comme un équivalent du terme « glandu », si tu préfères.

      Et ayant grandi à la campagne, je ne me permettrai pas d’émettre un jugement (stupide, par ailleurs) du style : les citadins pigent le cinéma, les autres, non. (Je me suis fait assez chambré comme ça par une matraquienne sur mon statut de « provincial » ^^)

      • Répondre mai 9, 2013

        Jérôme Wurtz

        autant pour moi 😉

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