Rencontre avec Andréa Brusque, l’interprète d’Orléans de Virgil Vernier

La présence de certains noms au générique suffit à me donner envie d’aller au cinéma. De jeunes actrices, en âge ou en carrière, ont ainsi toute mon attention. « Il parle de quoi, le prochain film que tu as envie de voir ? – j’sais pas, elle est au casting ». Raison suffisante à mes yeux. En plus de leur talent, il y a une autre constance : leur prénom commence ou se termine par la lettre A. Anaïs, Alice, Mia, Lola, Alice (non, pas la même, elle sont deux). C’est un constat, pas une règle. Clara, par exemple, non.

Et puis il y a cette actrice dont j’avais vraiment très envie de voir le nouveau film. A la différence de ces camarades, je ne l’avais jamais vue dans un long métrage. Le fait que son prénom ait un A aux deux extrémités ne suffit pas à justifier sa présence dans ce petite cercle sans preuve de son talent, et ça, elle en a ! Interprète magnifique au théâtre, elle l’est tout autant dans le film de Virgil Vernier, Orléans, d’une durée un peu atypique de moins d’une heure. Elle y interprète l’une des strip-teaseuses du récit, Joane, de passage à Orléans durant les célébrations dédiées à Jeanne d’Arc. Une opposition sexe facile/pucelle ? La réalité d’une vie de pole danseuse de 22 ans, animée par une force de caractère aussi grande que sa sensibilité à fleur de peau, a beaucoup plus en commun avec la mythologie qui entoure cette héroïne emblématique de la France. Cette actrice s’appelle Andréa Brusque, et nous a fait la gentillesse de bien vouloir répondre à nos questions pour la sortie d’Orléans.

Virgil Vernier, le réalisateur du film confie qu’il a passé de longues nuits avec la responsable du casting, dans les clubs, à la recherche des filles pour le film. Comment as-tu été informée de son projet, et comment s’est passé ton casting ?

Alors, c’est la question piège, car Virgil n’aime pas dévoiler les secrets de tournage d’Orléans… Comme la question est souvent posée et que dernièrement nous y avons répondu, Virgil et moi, je raconte. Alors, j’ai été contactée par la directrice de casting Judith Chalier et, avec sa complicité, pendant les essais, je me suis fait passer pour une vraie strip-teaseuse.

Comment Virgil Vernier t’a-t-il présenté le film et ton rôle ?

Dès notre première rencontre, Virgil avait en tête quelque chose de très clair. Il savait, je pense, qu’Orléans aurait une durée un peu étonnante. Quant à mon personnage, Joane, il tenait déjà une place très importante dans l’idée de Virgil.

Virgil Vernier dit que le fait que tu sois actrice lui a permis d’essayer des choses qu’il n’aurait pas osé demander autrement. Peux-tu nous en dire plus sur ces « choses » ?

Je ne sais pas exactement, mais je pense que l’acteur professionnel a une force de proposition autour de l’émotion, de la gestion de son corps et du rythme au cœur d’une séquence, qui est quelque fois plus complexe à obtenir avec un acteur non professionnel.

Comment présenterais-tu Joane ?

Joane est une jeune femme d’aujourd’hui qui espère devenir danseuse de modern jazz à Paris. C’est son moteur. Elle ne sait pas ce que la vie lui réserve, mais elle fonce. Sa force est à la mesure de sa fragilité.

Les plans, tout au long du film, durent longtemps. Y a-t-il eu une part d’improvisation dans les dialogues ?

Dans certaines séquences, il y a une part d’improvisation, oui.

Le tournage dans les rues d’Orléans se déroulant durant les festivités, j’imagine qu’il y a une contrainte de s’adapter aux lieux, à la foule. Les personnes que Joane y rencontre sont-elles jouées par des comédiens professionnels ou pas ? Cette limite fiction-documentaire, qui n’est pas gênante pour le spectateur, change-t-elle ta façon de travailler ?

Je ne peux pas répondre à cette question car ce sont les secrets de fabrication de Virgil, mais il est évident que le tournage était hors du commun !

Quel est le moment du tournage dont tu gardes le souvenir le plus fort ?

Le jour où j’ai « dialogué » avec le faucon. C’était à la fois insensé et tout à fait normal…

Et quand tu as vu le film monté, y a-t-il une scène que tu affectionnes particulièrement ?

J’aime beaucoup la scène avec Julia dans la chambre, j’aime le regard de Virgil sur la relation entre ces deux jeunes femmes.

Que penses-tu de l’affiche, et comment te sens-tu avant la sortie de Orléans ?

Je trouve que l’affiche ressemble au film, elle a quelque chose d’un peu mystérieux. Je suis émue que le film sorte le 1er mai ! Je suis allée le représenter au festival de Locarno en août, c’était une première étape ! Je vais le redécouvrir !

Dans le film, un client est présenté comme « un apache », réplique qui me permet une transition pour parler de ton prochain film, qui sera à Cannes, les Apaches. Peux-tu nous en parler ?

Oui, c’est drôle, j’y ai pensé aujourd’hui ! C’est un film réalisé par Thierry de Perreti en Corse, à Porto-Vecchio. Quatre jeunes âgés de 17 à 19 ans, Aziz, Hamza, François-Joseph et Jo, traînent ensemble. Un soir d’ennui, Aziz conduit les autres dans la villa où son père travaille de jour comme agent d’entretien. Il sait comment entrer. La bande passe une partie de la nuit dans la luxueuse demeure encore inoccupée. Avant de partir, ils volent quelques objets sans valeur et deux fusils de chasse. Quelques jours plus tard, la propriétaire de la maison débarque de Paris et se plaint du cambriolage auprès d’une de ses connaissances, un petit caïd local… Moi, je joue Pascale, la petite amie de François-Joseph, dont il est très amoureux. Elle est de passage à Porto-Vecchio pendant la saison touristique, du moins elle l’espère.

As-tu d’autres projets ?

J’ai d’autres projets mais je n’en parle pas, par superstition… Je mets en scène La Fuite de Gao Xingjian qui se joue du 17 mai au 1er juin 2013 au théâtre des Deux Rives, à Charenton.

NDLA : En plus de cette double actualité au cinéma, Andréa Brusque retrouve donc la compagnie Les Chiens de Paille, précédemment dirigée pour Une envie de tuer sur le bout de la langue, de Xavier Durringer. 

Personne connue pour être associée au pole dance, aux mojitos, aux banoffees, aux films hongrois sous-titrés en tchèque, mais pas que, du moins elle l’espère.
Reconnait des plans de films qu’elle n’a pas vus. Même elle ne comprend pas cette compétence, mais ça lui permet de prendre la main qu’elle laisse aussitôt parmi ce groupe d’amis qui ne se connaissent pas. Ça lui suffit pour sourire.

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