Paradis : Foi, une radicalité feinte

Deuxième volet du triptyque Paradis d’Ulrich Seidl : nous quittons Teresa et les plages du Kenya pour vivre les vacances de sa sœur, Anne Maria.

A l’inverse de Teresa, Anne Maria reste chez elle, pour se livrer à des vacances pieuses. Elle sillonne la banlieue, sac au dos renfermant une Vierge Marie, faisant du porte-à-porte pour prêcher « la bonne parole » et accomplissant chez elle une série de « rituels chrétiens » (chemins de croix à genoux, équipée de la ceinture du pénitent ; coups de fouet auto-infligés…). Dans sa villégiature de labeur fanatique, elle va se trouver déstabilisée par l’arrivée de son mari musulman, de retour d’Egypte.

A l’origine, Seidl promettait un film de cinq à six heures, avec pour seul titre Paradis. Devant le monstre filmique annoncé, il capitule. Cela devient un triptyque, une trilogie, une série – soit un bel objet pour les festivals. Il commencera par Cannes, passera par Venise pour finir à Berlin. Et nous autres, spectateurs ? Nous voilà livrés à une indigestion de mise en scène, récurrente de film en film, et qui m’avait pourtant surpris lors de la sortie de Dog Days (2001).

Un objet moderne inscrit dans une radicalité, certes dérangeante, mais porteuse d’un discours pertinent sur une société consommatrice, accablée par le soleil ; un beau et violent personnage féminin, tenu par Maria Hofstätter, qu’on retrouve aujourd’hui dans le corps de cette femme se fouettant devant un crucifix. La radicalité, dans ce cinéma, ne s’exprime pas seulement par la violence plein cadre, mais aussi à travers sa temporalité – ici, une endurance de plus de deux heures. Seidl s’inflige ce qu’il dénonce : une consommation de produit culturel en trois parties.

Après le long exposé des sévices que s’administre Anne Maria, vers quoi se dirige-t-on ? Evidemment, ce genre de bigote a un souci avec sa sexualité. On comprend qu’il existe un malaise entre elle et son mari sur la question – il est paraplégique – et son retour bouscule toute la bulle religieuse qui l’entoure. Mais doit-on pour autant passer par un « tableau » de partouze pour appréhender la répulsion, le déni qui la mine ?

Le rapport entre Anne Maria et Nabil sur la question des religions est intéressante. C’est un affrontement culturel, faute de dialogue dans ce qui reste dans leur couple, qu’expriment les quelques idées brillantes du film. Anne Maria et Nabil s’affrontent, plutôt que par les mots, via les objets religieux de chacun, dans le plus grand silence, troublé seulement par le bruit de leur fracassement. Manière de résumer le difficile dialogue existant en Europe, où l’on peine à trouver les mots pour l’amorcer.

Cela n’empêchera pas Seidl de remettre le couvert du malaise, au cas où l’on n’aurait pas compris : la relation se détériore, la violence monte en puissance jusqu’à une tentative de viol.

Anne Maria doit choisir entre Nabil, qui désire relancer leur couple, et ses errances dans les banlieues défavorisées, avec sa Vierge sous le bras pour essayer d’atteindre – ou du moins sentir – le Paradis. Pour toute réponse, un orage – la plus belle séquence du film, et il aura fallu, pour cela, attendre près de deux heures.

Paradis : foi, Ulrich Seidl, avec Maria Hofstätter, Natalya Baranova, René Rupnik, France / Autriche / Allemagne, 1h53.

Cinéaste, il travaille activement sur la question de la mémoire ouvrière. Depuis 2004, il a réalisé un court-métrage de fiction, Fermeture, dans lequel il interroge le devenir des ouvriers. Petit-fils d’ouvriers, il est revenu à Billancourt pour parler de l’usine Renault dans une série de documentaires. Il a réalisé de nombreux clips musicaux, des films d’essai sur l’urbanisme, des reportages web…

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