Le Diable dans la peau, un premier film entre naturalisme et conte

Le Diable dans la peau est un film sensible, une échappée belle et simple autour de deux frères, Xavier et Jacques, qui, à la veille des vacances d’été, apprennent qu’ils vont être séparés à la rentrée prochaine, Jacques devant partir dans un établissement spécialisé. Un dernier été dans les campagnes du Limousin, ou l’équilibre d’une famille fragile qui peut sombrer : une mère décédée, un père violent et une grand-mère essayant tant bien que mal de faire tenir l’ensemble.

L’une des forces de ce premier film réside dans le regard que porte le réalisateur sur le paysage qui encadre le film. Loin de la ville, les vallons du Limousin deviennent un personnage à part entière, prenant les formes de la mère disparue. La campagne est un refuge face à la violence du foyer, où vit, comme reclus, le père des deux frères, en conflit permanent avec l’aîné, Xavier. En l’absence de dialogue, les deux frères n’ont qu’un seul lieu qui leur appartienne, la nature environnante. En témoigne la séquence de leur fugue nocturne, magnifiquement filmée en nuit américaine, où ils trouvent à la fois un équilibre, un dialogue abstrait avec leur mère et une forme d’apaisement, Xavier en premier lieu, qui ne comprend le départ de son frère.

L’empreinte du monde urbain est légère, mais elle est vécue comme violente par les protagonistes. L’arrivée de l’assistante sociale est donnée comme une menace, comme le seront, plus tard, la ligne à haute tension ou le train (où se joue, lors de la fugue, la rencontre avec un homme étrange et malsain). La campagne demeure, plus rassurante. Les séquences de vie quotidienne sont inscrites dans ce cadre. Des moments de pause, où Xavier, Jacques et leurs amis aident aux travaux des champs, ou accrochent le linge avec la grand-mère. Différents mondes s’opposent, sans jamais se confronter réellement.

Un film sur l’enfance, donc, où le réalisateur est en quête d’un apaisement, de moments de vie et d’insouciance, qui ne sont pas loin de rappeler Rentrée des Classes de Jacques Rozier, par le choix de prendre le chemin du ruisseau. Mais, plus souterrainement, c’est un autre rapprochement qui s’opère, avec le A.I. de Steven Spielberg – la parenté avec le conte, la recherche d’une mère et la référence commune à Pinocchio. Et ces deux séquences en parallèle : chez Spielberg, l’enfant-robot, dans l’eau, immobile devant la statut de la bonne fée ; dans Le Diable dans la Peau, Xavier, immobile lui aussi, sous la pluie, regardant un séquoïa, refuge et jardin secret de son petit frère, où celui-ci dialogue avec sa mère disparue.

Pour son premier film, Gilles Martinerie a réussi à maintenir un savant équilibre entre conte, naturalisme et réalisme, tout en magnifiant son paysage.

Le Diable dans la peau, de Gilles Martinerie, avec Quentin Grosset, Paul François, Francis Renaud, France, 1h22.

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