Ouf, un (télé)film drôle

Nos notes

Cela a fait beaucoup débat ces derniers mois : le cinéma français, et la comédie en particulier, est malade. Victime d’un virus qui, au départ, devait servir d’anticorps et le prémunir de la mort. La télévision et son mode de fonctionnement économique pousse cette dernière a modeler les « films » qu’elle soutient pour qu’ils puissent entrer dans une grille populiste, en phase avec les annonceurs. En tentant de revitaliser l’audimat, la télévision tue les films. Le cinéma français dispose pourtant de cinéastes au talent comique indéniable, on l’a vu ici avec Pierre Salvadori ou Michel Hazanavicius, voire Bruno Podalydès, mais il existe d’autres cinéastes qui, bien que moins populaires, construisent une œuvre comique que l’on peut déjà considérer comme primordiale : Luc Moullet bien sûr, mais aussi Alain Guiraudie. Bref, la comédie française n’est pas morte, mais elle est évidemment mal en point.

Ouf est un produit bâtard, un peu comme le sont les films d’Edouard Baer, auquel on pense : indéniablement parasité par la bactérie télévisuelle.  Cependant, Yann Coridian évite de s’aventurer vers la mise en abîme mélancolique et alcoolisée propre à l’oeuvre du barbu dilettante. Ouf entretient un autre rapport à l’oeuvre de Baer, en ce qu’il est un film de troupe. Dans ce corps malade qu’est la comédie française, le cinéaste choisit de soutenir ses acteurs. Il ressort du film l’impression de voir évoluer des comédiens formant une troupe aléatoire, plutôt que des acteurs s’inventant des vies. Ouf ne révolutionne rien, Coridian ne cherche pas à imposer des idées de mise en scène, ni à aller à l’encontre du cahier des charges de la télévision, mais la sauce prend tout de même. Cela grâce à l’alchimie qui opère entre les acteurs et le travail sur les dialogues.

La présence de l’excellente Sophie Fillières, créditée comme co-scénariste, a sans doute beaucoup aidé le réalisateur. Malgré son décevant Un chat un chat, Fillières a su se faire un prénom – autant qu’une vraie place dans la comédie française – avec Gentille et Aïe. On retrouve dans Ouf la poésie absurde et réjouissante de ses films. Pour donner corps à cette histoire anodine, sinon banale, le film bénéficie d’un couple d’acteurs qui arrivent à leur maturité. Eric Elmosnino trouve une fois encore un nouvel arrangement à sa mélodie du personnage dépressif et passionné, déjà vu dans Gainsbourg, vie héroïque et Télégaucho. Sophie Quinton rompt avec son image un peu enfantine, et donne à son personnage toute sa force. Le reste du casting fait également mouche, qu’il s’agisse du choix évident de Luis Rego pour interpréter le père d’Elmosnino, ou de la présence de la toujours généreuse Valeria Golino : une italienne énamouré, forcément, prête à jouer les mères de substitution.

Dans un paysage comique ravagé, Ouf, sans forcément atteindre des sommets, ne démérite donc pas. A voir au cinéma pour les bourses fortunées, pour les autres, le petit écran suffira.

Ouf, Yann Coridian, avec Eric Elmosnino, Sophie Quinton, Valeria Golino, France, 1h22.

Verdict ?

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l’université pour y faire grève et bouffer du film. Je m’y passionne pour la critique et l’écriture de scénario. Depuis, je m’efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l’ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

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