La critique est difficile

« J’ai beaucoup aimé Drive. »

Ca m’a fait bondir. C’était la septième fois en quelques mois qu’on me la sortait, celle-là. Sans argumentaire, tu sais, juste « beaucoup aimé ». T’essaies de creuser, et à chaque fois c’est la même chose : « je sais pas, il est bien filmé, quoi. » Oui, parce que ces gens, tu peux facilement les reconnaître : ils parlent toujours des films au masculin de la troisième personne du singulier. Ces gens m’évoquent Homer Simpson, qui dans un épisode de la célèbre série, envoie pour montrer son amour d’un film, une lettre d’amour au film, directement : « Cher Piège de Cristal, tu déchires. PS : Tu connais Mad Max ? »

Lorsque tu t’aventures à échafauder une opinion d’un peu plus de 140 caractères, tu les « snobes », te diront-ils. A croire que Georges Charensol et Jean-Louis Bory n’ont jamais existé. Les deux zigotos n’ont pas de successeur, et le monde gagnerait à les réécouter un peu. François Morel a la même nostalgie que moi, puisque c’est dans cet optique que l’ex-Deschiens a mis en scène une pièce reprenant leurs plus beaux échanges. Ici pas de place au snobisme, juste l’amour de parler cinéma, de s’engueuler cinéma.

Olivier Saladin et Olivier Broche, deux ex-Deschiens campent donc ces deux rockstars de la critique, qui sévissaient, dans les années 60-70 au Masque et la Plume. Joutes verbales à gogo, désaccords profonds amenant à de belles engueulades, moments d’échanges érudits sur le Septième Art, respect de l’autre… C’est fantastique, ce qui ressort de ces échanges. Dans Instants Critiques, l’un aime Godard, l’autre Lautner, les deux détestent Le Corniaud à sa sortie et qualifient Le Parrain de « bouse de mammouth ». Ce qu’ils pensent, on s’en fout un peu, l’intérêt résidant dans leurs accrocs, dans leurs engueulade, dans l’agacement extrême de l’un face à la nullité du Cerveau d’Oury, un film qui « avec un gros budget et de gros numéros de gros acteurs, aura un gros public ». Les deux bonshommes se retrouvent dans un amour profond du cinéma, et de l’analyse cinématographique.

L’art est difficile, et la critique aussi, nous dit François Morel, redorant le blason des snobs de cinéphiles réels. La critique est un art, difficile par définition, et beau, aussi. Inutile et beau.

Alors critiquons, critiquez, mais argumentez, putain. Aimez de mauvais films, mais expliquez-moi pourquoi vous les aimez. Ayez de vrais arguments, de vrais goûts, montrez-moi que vous êtes vraiment amoureux. Emportez-vous, gueulez, mettez-vous debout tout nu sur la chaise et parlez avec les mains. Insultez-moi, frappez-moi, j’adore ça.

Parce que franchement, Drive, il est pas terrible quoi…

(Dzibz n’étant pas mon vrai prénom)
Red’chef ici, extrêmement sévère avec les autres, mais pas du tout avec moi, hashtag YOLO.

7 Comments

  • Répondre février 19, 2013

    Mickael

    Mon bien cher maitre,

    J’aimerai par ce petit billet vous mettre un grand coup de pelle.
    Et puisque vous aimez les mots je vais prendre le temps de le faire.
    Paré ?

    En premier lieu j’ai pris le temps de revoir la scène d’intro de « drive » qui m’avait impressionné au cinéma. J’ai pris grand plaisir à la lecture de cette séquence, écrite comme le serai la cinématique du jeu dont est tiré le film. Je suis fan de ce jeu, driver, j’adore ce héros. Et à la première séquence du film je replonge illico presto dans l’ambiance du jeu, sourd, sombre, inquiétant. La bande son est parfaite, j’adore le mix un peu surréaliste de ce moteur de corvette, faisant vibrer mes os mieux qu’une sonate de piano. C’est gras, c’est rugissant, ça sent l’essence à travers les subwoofers, et je me régale. Je vous l’accorde cher auditeurs, cette scène se passe de mots parce qu’elle n’en a pas besoin, tout y est uestion d’ATMOSPHERE. Miam

    Et voici mon coup de pelle, bien cher maitre :

    « la différence entre du bruit et une mélodie, c’est le silence entre chaque note »

    Obscur pensée ?
    Laissez-moi vous l’expliquer, à ma manière 🙂
    Je suis ingénieur du son à la télévision, et mon travail, ma réussite, mon chalenge personnel, est que personne ne me connaisse. Pourquoi ? Parce que la perfection, dans le domaine du son, est atteinte au moment ou plus personne ne se doute ne serait-ce que de votre existence. Oublié le fait qu’il y ai un mix, un montage, des bruitages et des musiques. Disparu tous les scotchs et les effets, oubliés tous ces parasites qui nous rappelle à la dure réalité de la matière.

    L’orgasme de l’ingénieur du son est à cet endroit précis du silence qui se fait entre le moment ou l’on appuie sur « stop » et le moment ou le premier ouvre sa gueule. Ce silence là, c’est de l’or, et plus il est long, et plus c’est bon.

    Si j’étais réalisateur, je rêverai que les seuls commentaires que l’on puisse faire sur mon film soit :
    « C’était bien. » point.

    Tu comprendre ça toi, maitre ?

    cordialement;
    Mickael

    • Répondre février 20, 2013

      DZIBZ

      Votre propos me dérange, tant sur sa forme que sur son fond.
      Quant à la forme, elle n’est que provoc webeuse, je ne vous en tiendrai pas rigueur, j’en ai vu d’autres.

      Quant au fond, je pense que l’esprit critique l’analyse, via l’éducation à l’image, via le ressenti personnel, via l’honnêteté et la tolérance est accessible et à espérer à tous et de tous.

      Mais je suis certain qu’au fond, bien au fond, étant donnée la teneur de votre diatribe, plus caustique et piquante que réellement méchante, vous n’êtes pas totalement en désaccord. Pire, vous avez sûrement pas mal pigé l’ironie inhérente à mon propos.

      • Répondre février 21, 2013

        Mickael

        Jolie passe ! 🙂

        Malheureusement, je ne suis pas d’humeur, et vous convie donc à mettre toutes vos suppositions à la poubelle.

        « Bonjour ma colère, Salut ma hargne, et mon courou… coucou ! »
        J’adore Desproges, il avait le talent de maudire avec intelligence.

        Et je ne suis pas d’accord, cher confrère, quand vous supposates que tout un chacun puisse raconter n’importe quoi en tant que critique artistique. C’est un point de vue extrêmement schématique, bien loin de l’intérêt même d’une critique.

        A quoi sert la critique ? Pourquoi des milliers de pèlerins se jettent sur leurs claviers pour donner leur avis à chaque fois qu’ils voient un film ? C’est quoi la but recherché ? Le partage ? de quoi ?

        Moi quand je vais voir un film, je réagis de deux façon : Ou c’est nul, et j’oublie vite ce que j’ai vu, ou c’est intéressant, pour telle ou telle raison, et dans ce cas je parle avec mes proches de ce film, parce que j’ai envie de partager. Je les incite à aller le voir, et si ils l’ont vus ont en parle, on se raconte des perceptions différentes de certaines scène, de compréhension globale, de plastique, de scénario, de musique… enfin tout ce qui nous a ému dans l’œuvre. C’est enrichissant, humain, et on avance ensemble vers une compréhension mutuelle. J’aime beaucoup, surtout quand je peux partager ces moments avec des gens qui ont des yeux et des oreilles, et qui savent de quoi ils parlent quand il s’agit d’un film.

        Il faut être profondément ignare pour ne pas apprécier la scène d’ouverture de « Drive ». Il faut être aveugle de la plastique, sourd à l’atmosphère, déconnecté de l’esprit de mise en scène, ignorant des contraintes techniques pour dire « c’est pas terrible ». On aime ou on aime pas, quoi qu’il en soit c’est une oeuvre parfaitement réalisé. Et si quelqu’un ne comprends pas ce que je dis, qu’il la fasse. Qu’il prenne 2 potes et son petit camescope, et qu’il la tourne, la scène. 2mn, et rien que dans ces 2mn l’écriture du synoptique est déjà tout un poème.

        Ouvrir sa gueule, mais à quel prix ? et pourquoi faire ?
        Quand on ne connais rien à cert art, quand on ne sais même pas ce que veut dire un plan, un beau plan… mais à quoi ça sert d’ouvrir sa bouche ?

        C’est quoi l’idée ? Faire briller son blaze en s’étalant de 1000 mots pédants et en expliquant qu’on a tout compris ? De la prétention pure en fait, de l’égo hors de toute mesure ?

        Je ne lis pas les critiques. Je la maudit, elle et leurs auteurs, et je les répudie à la case homo-connardus, parce que tout ces crétins ne comprennent rien au respect que l’on doive à une oeuvre : le silence !

        mes 2 cents

        • Répondre février 21, 2013

          Mickael

          Tiens, je suis joueur, et avance de refermer définitivement cette page qui me semble inutile, j’aimerai mettre à l’épreuve ciné-matraque, pour mesurer la jugeote et l’esprit d’analyse 🙂

          J’aimerai bien qu’on m’explique pourquoi il y a la scène dans le jet privé dans « Intouchables », qui à première vu est incohérent avec la suite du film ?

          Asta luego,
          Mickael

  • Répondre février 18, 2013

    Marie

    Relisez l’article.

  • Répondre février 18, 2013

    emma

    La culture doit rester à la portée de tout le monde, l art se veut de susciter l émotion , chaque etre a la capacité de ressentir une émotion devant un écran, une peinture ou un bronze, Il faut démocratiser la culture et ce n est pas en traitant les gens de manière condescendante les gens parce qu ils n ont pas l aisance de la parole que vous y contribuez . Ne vous revendiquez pas de gauche alors que vous etes pour les clivages. J attends votre ARGUMENT . merci

  • Répondre février 18, 2013

    mika34

    En tant qu’amateur de cinéma je me permets de désapprouver quelque peu votre propos. Pour moi le cinéma suscite des émotions autant qu’il peut nous faire réfléchir. Si un film nous procure une sensation agréable, il est souvent difficile de dire pourquoi, car cela implique une réflexion, du vocabulaire, une volonté de déconstruire le récit pour analyser ses différentes phases, sa narration… la capacité d’analyser l’image aide aussi à se forger un esprit critique, comprendre en quoi utiliser un plan séquence plutôt que des coupures produit un effet plutôt qu’un autre (et cette analyse je saurais pas vous la faire).

    Apprendre à mettre des mots sur son ressenti est probablement long. Si comme vous le dites en titre la critique est difficile, alors je vous trouve injuste de reprocher à ceux essayant de communiquer leur plaisir à voir tel ou tel film de ne pas réussir à le faire sous une forme mieux argumentée. Fréquenter les clubs cinémas, échanger autour des films, lire d’autres critiques permet sans doute de se forger cette capacité, aussi cela demande encore d’avoir du temps à soi, et tout le monde n’en a pas forcément pour ça.

    Et puis tout ça juste pour conclure que « Drive il est pas terrible quoi… » !!!! C’est qu’il est mal filmé, quoi ???? 😀

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