Antiviral, de la nécessité de couper le cordon

Avec Antiviral, Brandon Cronenberg s’attaque à la science fiction horrifique. Dans la forme, c’est très prometteur, le jeune réalisateur ayant su développer un style personnel, froid et clinique. Mais la déclinaison de motifs qui lorgnent sur les obsessions de son père (sans atteindre la même puissance visionnaire) laisse le spectateur sur sa faim.

Dans une société où le culte des célébrités ne connait plus de limites, le commerce des virus est en plein essor et les clients se font injecter les maladies contractées par les stars pour atteindre un état de symbiose avec l’être adulé. Syd March (Caleb Landry Jones) est employé dans une clinique spécialisée du secteur. S’étant lui-même injecté un virus mortel, il va se retrouver mêlé à une sombre affaire de trafic.

La maladie est omniprésente dans l’univers construit par Brandon Cronenberg. Caleb Landry Jones, le teint cireux, est malade de son état et porte sur toute la durée du film la fièvre de son corps en souffrance. Souffrance également soulignée par une mise en scène froide et précise qui dessine un cadre aseptisé où les affections sont mises en relief : sang et autres sécrétions se détachent sur des fonds d’une blancheur virginale dans des plans géométriques et contrastés.

Pour autant, le travail de description de cette société malade prime sur la construction des personnages (Syd est ainsi surtout caractérisé par son état pathologique) et sur la cohérence globale de l’histoire, somme toute assez alambiquée. Et la personnalité du film est gommée par la reprise systématique des motifs cronenbergiens – altération des corps, imagerie visqueuse et organique intimement liée au désir- qui sont parfois mal justifiés. La transformation du corps de Syd est une synthèse entre métamorphose monstrueuse (La mouche) et altération technologique du corps (Vidéodrome). Mais au delà de l’effet visuel plutôt dérangeant, elleapparait comme pur artifice dans la construction du récit.

Seule la scène finale, en collant au propos général du film, apporte tardivement une forme d’ambiguité bienvenue, en flirtant avec le vampirisme et le cannibalisme. Dommage que cette piste soit quelque peu délaissée au profit de circonvolutions narratives qui étirent le film en longueur.

Antiviral, Brandon Cronenberg, avec Caleb Landry Jones, Sarah Gadon, Malcolm McDowell, Canada, 1h44.

Cinéphile éclectique, surtout quand il s’agit de cinéma américain (voire anglo-saxon à la limite).

4 Comments

  • Répondre février 15, 2013

    benjamin

    Trois étoiles, c’est bien généreux pour ce film scolairement appliqué à paraphraser papa.

    • Répondre février 18, 2013

      FBP

      Le pauvre Brandon…. Tout le monde lui tombe dessus à bras raccourcis. Je ne suis pas fan du film, mais je trouve quand même qu’il se tient plutôt bien, et que la réal est un peu plus solide qu’une simple copie appliquée du papa. Moi je trouve que c’est la définition d’un film correct.

      • Répondre février 19, 2013

        admin

        merci François. Julien Gester avait dit pendant Cannes que la selection de se film ne lui rendait pas service.

        • Répondre février 19, 2013

          admin

          c’était un commentaire de Jeremy

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