Happiness Therapy, petit guide de la pensée magique

Après une rupture, je traverse généralement trois périodes :

La première consiste à soigner la douleur par la douleur : aussi, j’ai revu les films des frères Dardenne, j’ai passé de longues soirées sur Arte même pas en état d’ébriété, je me suis intéressée à la politique et j’ai réécouté tous les albums de Mano Solo.

La deuxième, dans laquelle je me vautre en ce moment, consiste à devenir peu à peu spectateur du bonheur : je revois des comédies américaines, j’accepte de voir des gens en couple et d’arbitrer leurs disputes à propos d’une facture EDF et je lis les tweets de Gad Elmaleh (non, là, je déconne).

La troisième période, qui sera mienne au printemps prochain, sublime que je serai au retour de mon voyage dans les Caraïbes, et que le sentiment d’abandon d’après-rupture, je l’aurai dissipé dans la biture, c’est l’un des thèmes phare d’Happiness Therapy : la foi en la vie qui mène à la construction du bonheur : après la participation, l’action.

Happiness Therapy est un film sur la foi, les «signes» et le fait que tout, même la folie, n’est finalement que vue de l’esprit.

Et surtout, il permet à tout spectateur sortant d’une rupture d’accéder rapidement à la troisième période.

Pat Solatano (Bradley Cooper) sort de l’hôpital psychiatrique pour troubles bipolaires. N’ayant plus d’endroit où vivre, il est obligé de retourner chez ses parents, dont le père (Robert Deniro) est bourré de TOCS.

Pat est déterminé à guérir, dans le but de reconquérir sa femme, quand il croise le chemin d’une voisine peu commune : Tiffany (Jennifer Lawrence, sosie de Renée Zellweger en un peu plus gironde). Ils vont s’entraider selon la devise : Plus on est de fous, plus on rit.

Happiness Therapy m’a touchée parce qu’au travers de la «folie» de Pat (il perd toute maîtrise chaque fois qu’il entend la chanson de son mariage), celle de son père (il pense que si son équipe favorite de base-ball perd, c’est parce que son fils n’a pas assisté au match avec lui devant la TV) et celle de Tiffany (pour se soigner de la mort de son mari, elle a couché avec ses onze collègues, femmes comprises), je n’ai entendu qu’un écho, le mien, le vôtre : «Sauvez-moi, Aimez-moi, riez et faites-moi rire».

Il faut être un peu fou pour ne pas le devenir.

Pat a développé, depuis son épisode maniaque, une force physique qu’il ne peut pas toujours contrôler, surtout lorsqu’il entend sa chanson de mariage. La voici :

Il dit : «Ecouter cette chanson me tue.» La folie serait alors l’expression de sa sensibilité et de toutes ses émotions, sans cadre aucun.

Il y a près de quinze ans, j’ai aimé un garçon et on avait aussi notre chanson, même que c’était une chanson triste, une chanson de Leonard Cohen et, pendant dix ans, à chaque fois que je l’écoutais, je pleurais. C’était incontrôlable, et c’est de la folie de nommer ça folie :

L’accès de violence de Pat à l’encontre de l’homme qui lui volait sa femme lui a permis d’évacuer toutes les émotions qu’un mariage trop bourgeois ne lui permettait plus. Cette folie lui a permis d’éviter de sombrer dedans, à force de frustration, de rancoeur et d’ennui. Il lui faudra quelques mois pour s’en rendre compte, le temps du film. Et tant mieux pour nous.

Tiffany a perdu son mari, et sa tristesse, sa violence ou les deux, c’est à travers le sexe qu’elle l’a expulsée. C’est ce que les garçons font souvent après une rupture et mon ex le premier. Mais on ne les montre pas du doigt, eux.

Guide de la pensée magique

Au-delà de l’aspect comique du film (d’autant plus drôle qu’il s’agit d’un humour absurde, parfois noir), ce dernier traite aussi de la pensée magique. Le père de Pat est d’une superstition rare et croit plus qu’en lui-même en les interactions entre les actes de son fils et le score final d’un match de baseball. On pourrait trouver ça fou : il n’a pas perdu son enfance, voilà tout.

Il faut que vous le sachiez, la pensée magique gouverne ma vie. La note de mon bac, je l’ai sue avant même de le passer, en comptant les échanges d’une balle de tennis avec mon père avant qu’elle ne tombe. Le garçon avec qui je suis restée le plus longtemps, j’ai répondu à son premier texto parce qu’il s’est retourné après m’avoir dit au revoir la première fois, et que je me disais : «S’il ne se retourne pas, je ne le rappelle pas.»

Combien de fois n’ai-je pas agi dans ma petite vie en me disant :

«Si à 14h54, je ne me douche pas, je meurs dans 3 ans.

Si je reste toute la journée chez moi, je n’aurai pas d’enfant avant mes 38 ans.

Si je sors ce soir, demain je Le rencontre.

Si je marche en dehors des passages cloutés, j’accouche dans l’année.»

Et combien de fois ai-je eu confirmation que j’avais toujours raison, que la foi en cette pensée magique m’était automatique.

Bien sûr, le scénario est un peu fade, ça traîne en longueur, on connaît la fin dés le début mais c’est souvent drôle, les personnages y sont plus dérangés les uns que les autres, Bradley Cooper, même avec son sac poubelle comme habit pourrait être l’homme de ma vie.

Et la pensée magique, c’est fantastique. Si je réussis à séduire l’homme qui me plaît, ce film remportera au moins un Oscar. Si ce film remporte plusieurs Oscars, dans ma vie, il ne fera plus noir.

Happiness Therapy, David O. Russel, avec Jennifer Lawrence, Bradley Cooper, Robert De Niro, Etats-Unis, 2h02.

J’adore parler de moi, c’est le seul domaine où j’ai de vagues connaissances. Avec le cinéma.

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