Somebody up there likes me, l’ellipse qui préserve

« Quelqu’un là-haut m’aime », nous explique le titre. Ne vous méprenez pas, aucun mysticisme là-dedans. Pas non plus question de David Bowie, ni du film éponyme avec Paul Newman. Plutôt une optimiste philosophie de vie que nous promeut Bob Byington, prometteur et prolifique cinéaste indépendant américain.

Son crédo, c’est celui de la nonchalance, du flegme de Max, le héros, face aux épreuves de la vie qu’il traverse. De sa vie amoureuse, rien ne nous sera montré d’habituel. Ici, il est question de petits riens. Le reste est supputé, extrapolé, si le spectateur souhaite se prendre la tête. Les divorces ne donnent pas lieu à des engueulades excessives, l’amour fou ne débouche pas sur des scènes de cul interminables. Dans Somebody up there likes me, on tombe amoureux – on couche avec la babysitter du gamin qu’on a eu avec la fille qu’on a épousé – ellipse – on divorce d’avec sa femme au tribunal – ellipse – on se dispute avec la babysitter, nouvelle compagne, pour une histoire de télécommande.

Et d’ellipse en ellipse, Max ne prend pas une ride. Littéralement. Les années passent et l’on ne donne pas d’âge au héros. Ce sont bien les soucis qui nous vieillissent, semble nous asséner Bob Byington. Max trimbale de vie en vie sa valise, de laquelle semble émaner une lumière. Quant à la signification de cette valise illuminée, on ne pourra que faire des supputations. Il paraît évident que sont symbolisées les désillusions, les déceptions, les regrets, les remords que Max se traîne de vie en vie. Tout ceci pourrait paraître gros sabots si ça n’était pas fait avec cette légèreté absolue que le cinéma indépendant américain sait si bien insuffler à un film.

Bob Byington s’est entouré de sa troupe habituelle d’acteurs, façonnant en chacun d’entre eux un beau personnage de cinéma, aussi stéréotypé qu’attachant. Constamment sur ce fil d’une étroitesse infinie, équilibriste se retenant de tomber dans le gnangnan, Byington promeut une vision de vie, optimiste, ainsi que cette même belle idée de cinéma que Kiarostami tentait de mettre en place – avec bien plus de prétention – dans Like Someone in Love : le cinéma peut se cantonner à ne filmer que les petits riens, il faut parfois savoir faire confiance au spectateur. Mieux, Bob Byington semble souhaiter épargner son public, avec l’aide de son nonchalant héros, des épreuves de la vie de celui-ci. Comme une envie d’aider à relativiser sur tout, avec le temps qui passe comme arme. Résultat, on se sent infiniment bien devant Somebody up there likes me. Toute la pitié, la gêne ou l’empathie potentielles du spectateur sont à ranger dans la valise de Max.

Et la consigne est clairement énoncée par sa première épouse lorsqu’elle remet ladite valise à son fils après la mort de Max : il ne faut surtout pas l’ouvrir.

Somebody Up There Likes Me, Bob Byington, avec Nick Offerman, Keith Poulson, Jess Weixler, Etats-Unis, 1h16.

(Dzibz n’étant pas mon vrai prénom)
Red’chef ici, extrêmement sévère avec les autres, mais pas du tout avec moi, hashtag YOLO.

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