In Another Country (Smoking et No Smoking)

Nos notes

Se glisser dans un film de Hong Sang-soo provoque toujours une sensation particulière, comme de retrouver de vieilles connaissances aux habitudes inchangées. C’est que le cinéma du « Eric Rohmer » sud-coréen travaille presque exclusivement quelques motifs restreints, disposés à chaque nouveau récit dans une configuration légèrement différente. Et cette utilisation, comme matière à récits, des éléments qui constituent le quotidien du cinéaste, est précisément le sujet de son dernier film.

Dans In Another Country, on retrouve donc ces personnages réalisateurs, profitant de temps de vacances pour faire du tourisme, boire, manger et badiner. Une jeune fille, fuyant avec sa mère ses créanciers, s’installe dans une petite station balnéaire et affiche des velléités de scénariste en imaginant trois histoires à partir de son lieu de séjour et des personnes de son entourage. A chaque histoire, elle rebat les cartes du destin, et certains personnages seront ajoutés ou retirés du tableau. L’héroïne, jouée par une Isabelle Huppert en pleine forme, sera un personnage nouveau à chaque fois, tandis que la jeune fille se placera toujours dans le rôle de la serviable tenancière de l’hôtel. Mais le véritable point central de chaque récit sera le jeune « lifeguard«  sociable et farfelu, dont la constance de caractère tient à son attachement immédiat, et toujours renouvelé, envers le personnage composé par la française. Leur relation saccadée, faite de croisements, d’incompréhension et de séduction naïve, constitue le cœur des trois récits. Leurs échanges dans un anglais approximatif est un véritable plaisir de spontanéité et de précision dans la direction d’acteurs. Il y avait longtemps qu’on avait autant apprécié le talent d’Isabelle Huppert, parfaite dans sa construction subtile de trois personnages très différents les uns des autres, et dont la présence apporte indéniablement un vent de fraîcheur dans la mise en place subtile mais bien rodée du cinéaste. L’ensemble rappelle Smoking/No Smoking, par sa manière de présenter les choix et décisions qui, mêmes minimes, influent sur notre vie à chaque instant. Mais si le coréen partage avec son aîné français un sens affirmé du ludique, il lui abandonne en revanche le goût de l’abstraction. Loin du film-cerveau, In Another Country serait plutôt un film-carte postale, avec ce que cette appellation implique de modestie et d’ancrage dans un « ici et maintenant » concrétisé par les décors naturels et les influences météorologiques, à l’opposé de la reconstitution en studio pratiquée par Resnais.

En dernier ressort, c’est la grâce de la mise en scène qui permet de considérer le film comme une véritable réussite. Celle-ci est constituée de plans-séquences à la durée toujours juste, dynamisés à la fois par des travellings d’une fluidité exemplaire et par une judicieuse utilisation du zoom, permettant un découpage à l’intérieur du plan sans avoir recours au montage : tout un système dont la simplicité n’est qu’apparente, mais qui permet de laisser les personnages se mouvoir librement, hésiter, respirer et vivre.

In Another Country, de Hong Sang-soo, avec Isabelle Huppert, Yu Junsang, Yumi Jung, Corée du Sud, 1h29.

Verdict ?

scénariste et réalisateur, Il recherche justement de généreux mécènes.

2 Comments

  • […] réalisés par des cinéastes à la personnalité affirmée : Miguel Gomes, Stan Neumann, Hong Sang-soo, Rabah Ameur-Zaïmeche sont ceux dont la démarche me touche le plus. Leurs films ne sont pas […]

  • Répondre octobre 30, 2012

    Benedicte Gay-Bataille

    Des mots analysant précisément ce que j’ai ressenti; merci!
    Les dialogues dans un anglais de pacotille sont vraiment réjouissants..

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