The Secret, soigné mais terriblement vain

Une communauté autarcique dans l’americana white trash – maris violents, diners interlopes et shérifs dépassés – : c’est en terrain connu que nous convie Laugier, cinéaste dont, au fil des ans, se précise l’ambition.

Ici, le souci n’est pas tant le caractère déceptif du projet (concevoir un classique récit de boogeyman et, à la faveur d’un twist forcé, basculer à mi-parcours dans un tout autre registre) que son inefficience. La maîtrise de Laugier ne fait aucun doute, pas plus que son ambition, louable en soi, de rénover le genre de l’intérieur, en feignant d’en accepter les codes (après le film de maisons hantées dans Saint Ange et le home invasion dans Martyrs). Appliqué, brillant par endroits (une course-poursuite sous la lune, dans laquelle Jessica Biel prend plutôt cher – étonnant, cet attrait qu’a l’auteur pour le spectacle de la souffrance des femmes), The Secret, à mesure qu’il lorgne dangereusement sur le thriller middle-of-the-road (voire l’épisode allongé de FBI : Portés Disparus), révèle la gratuité de son dispositif.

Chez le Shyamalan du Village (auquel on pense décidément beaucoup), le twist se doublait d’une authentique révélation – sur la vie en communauté, le pouvoir des représentations… Ici, il ne semble qu’une astuce : si les deux cinéastes s’interrogent sur le rôle des mythes (et engagent donc une possible réflexion sur le genre fantastique lui-même), récits collectifs et structurants, Shyamalan n’ignore rien des abîmes politiques qui s’ouvrent alors, quand Laugier fait mine, dans un final affecté, d’investir le terrain idéologique.

Au final, une oeuvre ambitieuse, mais plombée par sa dialectique épaisse : pour l’auteur comme pour son héroïne, l’enfer était pavé de bonnes intentions.

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