L’été touche à sa fin, la rentrée pointe le bout de son nez. Et si parmi les films les plus appréciés de Cannes arrivent sur nos écrans (Soudain, Fjord…), la rédaction continue d’explorer le cinéma sous toutes ses formes et vous partage donc à nouveau ses découvertes passionnées du mois d’août.
Mehdi : sur les traces de Star Wars en Tunisie
Lors d’un petit road-trip dans le Sud tunisien j’ai pu faire un détour sur les traces du tournage des épisodes 2 et 4 de la saga Star Wars. Oui, c’est un attrape-touristes mais ça reste sympa de voir les endroits qui ont inspiré Georges Lucas à Djerba, Matmata et Tatouine. (Le plus gros décor Star Wars encore présent est à Tozeur ville de l’Est qui n’etait pas à mon programme).

J’ai donc pu voir la Cantina, la maison d’Obi-wan et la maison des parents du jeune Luke. Mais le plus beau lieu n’est pas un lieu de tournage c’est le ksar Oued Soultane qui a inspiré Lucas mais où il n’a jamais posé ses caméras. Ce qui n’empêche pas d’y trouver des Chewbacca shop, toute occasion étant bonne dans ces regions très pauvres pour que les touristes dépensent. C’est assez fascinant (et parfois déprimant) de constater l’impact de ce film sur ces endroits.
De manière générale le Sud tunisien est magnifique et les lieux Star Wars ne sont que d’amusants bonus. Allez-y plutôt au printemps ou en hiver par contre. Là il faisait si chaud que j’ai regretté les canicules parisiennes.
Renaud : Cannes Confidentiel de Xavier Monnier
J’ai profité des vacances d’été pour emmener dans ma valise tout un tas de livres qui traînaient sur ma pile à lire depuis bien trop longtemps. Parmi eux, un ouvrage de Xavier Monnier sur l’histoire et les coulisses du plus grand festival de cinéma au monde. Vous le savez si vous nous lisez, Cinématraque est présent à Cannes tous les ans depuis plus d’une décennie maintenant, et d’ailleurs nous avons même un temps partagé un logement avec l’auteur du livre (fun fact : un chapitre décrit brièvement un cinéphile qui est en vérité notre Mehdi à nous, une bien belle consécration).
L’ouvrage explore les arcanes complexes du festival et ses coulisses, ses financements complexes et les conflits d’intérêts qui font ragent derrière les célèbres marches rouges du palais, mais aussi l’histoire rocambolesque et éminemment politique des débuts de Cannes. C’est une vraie mine d’or d’informations, qui a le mérite d’être aussi accessible pour les néophytes que riche en informations nouvelles et précises pour qui s’y connaît déjà un peu sur tout ce qui touche à la Croisette. Une lecture qui pourra aussi nous aider à préparer les prochaines éditions de notre podcast « On refait le Cannes », qui compte déjà deux épisodes avec un troisième en préparation.
Pauline : Les concerts de BTS à Toronto
L’avant-dernier week-end d’août a vu débarquer en terres canadiennes le plus grand groupe du monde (en terme de chiffres et de phénomène, et du reste aussi en ce qui me concerne), j’ai nommé BTS. Les sept magnifiques & talentueux Coréens sont venus pour deux dates consécutives à Toronto dans le cadre de leur tournée Arirang, du nom de leur dernier album post-service militaire obligatoire. 5 ans après leur dernier passage aux USA (8 ans pour le Canada) et 6 mois après m’être virtuellement battue dans les tranchées de Ticketmaster (on les déteste) pour obtenir des billets, j’aurais du mal à vous décrire l’état dans lequel j’étais en arrivant au Rogers Stadium dans la pampa de Toronto le samedi, mais si vous adorez plus que de raison un.e artiste qui ne tourne pas beaucoup, vous savez sûrement.
Je pourrais vous abreuver de superlatifs concernant leur performance et eux-mêmes, et ils seraient globalement tous vrais, mais je vais plutôt vous parler de l’à-côté : les fans qui viennent déguisés, les files d’attente pour… à peu près tout (merch, sécurité, stands de bouffe) où on sourit aux inconnu.e.s juste parce qu’on partage une même passion, les échanges de freebies (petits cadeaux à l’effigie des membres, souvent faits main), l’inquiétude qui s’empare de nous le samedi quand on voit que la tempête ne passe pas, le soulagement quand le soleil se montre le lendemain, scander « Kim Namjoon – Kim Seokjin – Min Yoongi – Jung Hoseok – Park Jimin – Kim Taehyung – Jeon Jungkook » (le nom des membres avec le leader en premier puis par âge, NDLR) pendant Mic Drop, chanter à tue-tête du « yaourt » coréen, et surtout chaque soir les larmes de joie lorsqu’on voit apparaître en chair et en os un groupe qui a dépassé depuis longtemps le domaine de la (bonne) musique pour se transformer en véritable pilier affectif et émotionnel de la vie de tellement de personnes à travers le monde.

48h hors du temps où l’on a vibré à l’unisson en poncho trempée jusqu’aux os ou en crop top (et en crop top sous le poncho), où les « hauts » sont très hauts et rendent d’autant plus difficile le retour au quotidien ensuite. Je sais que ça paraît un peu inimaginable de l’extérieur, mais je ne peux que souhaiter à tout le monde d’expérimenter un jour un truc pareil. ApoBangpo !
Juliette « Antigone » : The Company of Strangers de Cynthia Scott (1990)
Dans The Company of Strangers de Cynthia Scott, 7 femmes âgées et l’une plus jeune se retrouvent perdues au milieu de nulle part et doivent survivre. Elles doivent construire leurs propres lits, trouver des moyens de chasser, pêcher, et puis il faut bien s’occuper. C’est par le dialogue surtout qu’elles trompent l’ennui avec des confessions sur l’oreiller et parfois des vrais témoignages poignants au milieu de séquences hilarantes. La parole est par ailleurs documentaire dans ce film, toutes les femmes jouent leur propre rôle et racontent leur propre histoire. L’une est Mohawk, une autre est autrice lesbienne, une troisième une prolétaire ayant connu l’usine, une encore a vécu la perte d’un enfant, une est une miraculée d’un AVC, une n’arrive plus à vivre tant elle craint de mourir, il y a même une nonne mécano ! La femme plus jeune est afro-américaine et chanteuse. Ce casting varié permet d’aborder énormément de thèmes. Il est question d’homosexualité, d’exil, de mélancolie, de peur, de deuil, de rire aussi et de profonde envie de vivre et d’aimer.

Ce film donne la parole à des personnes âgées non par le truchement de leurs enfants qui doivent les gérer, ni dans une comédie façon Maison de retraite. Elles ne sont un poids pour personne, elles sont autonomes. Ce sont des humaines, des vraies, avec des histoires, des sentiments et surtout des envies pour le futur. La réalisatrice ne les filme pas comme des reliques destinées à une mort prochaine : tout le récit c’est plutôt elles qui cherchent à survivre. Les films montrant des personnes âgées qui rient, qui marchent (ou même roulent !), qui ont encore une vision de l’avenir, sont si rares qu’ils en deviennent très précieux. Cela m’a fait pensé au si beau Soudain de Hamaguchi, car ces récits qui filment des personnes âgées comme des êtres vivants se comptent sur les doigts d’une main, et sont tous à leur manière et pour cela, révolutionnaires.

