Ghost in the Cell : Slash’art contemporain

Les aficionados de cinéma de genre le savent bien : on n’entre pas chez Joko Anwar pour être servi en subtilité. Chez le réalisateur indonésien star, habitué aux honneurs de l’Etrange Festival, la cuisine est parfois grossière mais toujours riche et généreuse. Son nouveau film Ghost in the Cell ne déroge pas à la règle, et parvient justement à être très efficace dans son déroulé et son écriture en plus d’être un plaisir pour les yeux, ce qui n’est pas hélas toujours le cas chez Joko Anwar.

Posons donc les bases : un journaliste d’investigation dénonce un scandale d’exploitation sur un chantier de déforestation, mais se retrouve en prison car accusé à tort du meurtre de son patron. Le spectateur, à la fois parce qu’il n’est pas bête mais aussi parce que le film ne fait aucun effort réel pour noyer le poisson, comprend très vite que le journaliste a ramené une sorte de fantôme avec lui du chantier, qui assassine (avec un talent inné pour les mises en scène les plus gores possibles) les mauvais bougres qui s’approchent de lui.

Après cette introduction, on découvre le véritable cadre du récit : une prison où sera emmené le journaliste accusé à tort de meurtre. Et vient avec lui évidemment le fantôme qui le hante… Et qui va pouvoir en profiter pour faire un carnage en prison. On est donc sur une sorte de slasher surnaturel, où une grande partie de la jouissance au visionnage naît des mises à morts élaborées et extravagantes que le fantôme propose. Et c’est vrai qu’on n’est pas en reste, car c’est à la fois très élégant et outrageusement dégueu. Chaque meurtre ressemble à une installation artistique contemporaine visant à exhiber les pires défauts des victimes, ce qui est bien sûr horrible à voir mais aussi très drôle.

Et ce n’est pas un hasard, puisque le film s’assume totalement comme une comédie horrifique. Non pas que les séquences d’horreurs soient désamorcées par l’humour, mais plutôt que Joko Anwar s’amuse avec une énergie un tant soit peu bouffonne de la globalité de son récit. Cela passe avant tout par la mise en scène, qui est d’une maîtrise remarquable comme toujours chez lui, et ce notamment dans la direction des mouvements de foule. On voit ainsi à de nombreuses reprises des moments qui jouent sur une montée en puissance et un désamorçage pile au bon moment, témoignant d’une science du rythme qui est essentielle pour faire fonctionner l’humour ainsi que l’épouvante.

Scénaristiquement, le tout tient plutôt bien la route et ce malgré une grande quantité de personnages à poser efficacement en prison. Le script fait le choix intelligent de placer le protagoniste au sein d’un collectif, tous un peu bête et attachant à leur manière, et va à l’encontre de toute possibilité de résolution individualiste. Car au milieu de tout ce gros bazar déglingos un peu crétin (et très jouissif, il faut insister là-dessus), on a un film qui défend l’altruisme et punit l’individualisme. Incroyable ça, même les slashers disent de voter à gauche en ce moment.

Ghost in the Cell, un film de Joko Anwar. Diffusé actuellement à l’Etrange Festival

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