Colossal : quand Anne Hathaway voit les choses en grand

Elle brille en ce moment au cinéma dans le rôle de Pénélope pour L’Odyssée de Christopher Nolan, mais trois heures de film ne sont certainement pas assez pour profiter de Anne Hathaway. En plus elle est cachée derrière une paroi durant la quasi totalité du film, donc clairement on en redemande et ça tombe bien : Rimini Editions vient de ressortir en vidéo un des films les plus intéressants de la filmographie de Mme William Shakespeare (si vous avez pas la réf je vous laisse googler, c’est marrant).

Colossal est un film de 2017 que l’on doit à un cinéaste espagnol nommé Nacho Vilagondo, qui a su séduire Hollywood tôt dans sa carrière avec un court-métrage nommé aux Oscars, et ensuite avec des films de science-fiction et/ou d’horreurs. Colossal est son premier film tourné avec des acteurs hollywoodiens, et ça raconte… Heu c’est un film qui… Qui parle de… De… En fait. Attendez. C’est un peu compliqué à résumer.

Le film ressemble parfois à une comédie noire, un peu typique de ce cinéma américain indépendant Sundancien des années 2010, où l’on voit des stars de cinéma jouer des losers relativement antipathiques faire des conneries. Ici, Anne Hathaway joue une écrivaine qui vit à New York et qui a de sérieux problèmes d’alcool. Son mec (Dan Stevens, qui est excellent mais je le dis pas trop fort par jalousie parce que ma meuf est totalement amoureuse de lui, et je la comprends) la vire de chez eux et la quitte, pensant que c’est le petit coup de pied au cul dont elle a besoin pour sortir de ses problèmes d’addiction.

Colossal Came From Its Director's Desire to Kill the Rom-Com

On peut apprécier qu’un film écrit par un homme soit aussi juste quant il s’agir de représenter la bêtise et le manque d’empathie du sexe « fort ». D’ailleurs le reste du récit ne fait que confirmer qu’il ne s’agit pas là d’une erreur mais bien d’une volonté thématique de raconter cette dangereuse médiocrité. Car une fois mise à la porte de son appartement, Anne Hathaway retourne dans son petit patelin d’enfance et est engagée pour travailler dans un bar par son ami d’enfance, joué par Jason « Ted Lasso » Sudeikis. Lui aussi (lui surtout) se révèle dans le reste du récit être tout ce qu’il y a de plus toxique, violent, menaçant chez la gente masculine…

Mais surtout, entre temps, Anne Hathaway découvre qu’elle contrôle un kaiju. Qui dévaste Seoul lorsqu’elle se déplace dans un bac à sables de parc pour enfants. C’est là où le film se démarque ; il entre dans une dimension fantasmagorique si étrange et si absurde qu’on accompagne sans souci l’incompréhension des personnages, puisqu’elle est partagée. Les explications autour du phénomène seront d’ailleurs très minimes (lors d’un flashback en fin de film), et c’est tant mieux. Car la raison pour laquelle ceci a lieu n’est vraiment ce qui nous intéresse, mais bel et bien le personnage. C’est la voir brisée par la vie et entourée d’autres types pas franchement recommandables qui donne au récit sa force dramaturgique, puisque dans chacun des losers que l’on rencontre on est en mesure de reconnaître une partie de soi que l’on préfère ne pas avoir à trop regarder en face.

D’une certaine manière, ce retour au bercail est pour Anne Hathaway (je précise quand même qu’elle a un vrai nom dans le film, mais j’ai décidé de l’appeler comme ça et je fais ce que je veux) une manière d’affronter les démons qu’elle a traîné avec elle toute sa vie. Les choses qu’elle a dissimulées, caché dans son dos en allant vivre ailleurs. Ainsi les kaijus qui apparaissent à Seoul sont une manière de raconter l’implosion gigantesque causée par des années de refoulement. Néanmoins, le film offre aussi assez de latitude pour permettre une lecture bien plus terre à terre et briser tout lien de causalité thématique, posant alors l’élément fantastique comme une coïncidence invraisemblable dans un parcours de vie.

Colossal”: Part Kaiju Flick, Part Exploration of Abuse and Recovery

Autrement dit, l’aspect tokusatsu (nom donné aux production à effets spéciaux japonaises, et notamment à celles qui utilisent des monstres comme Godzilla qui détruisent des villes miniatures faites de carton pâte) n’est pas simplement un joli decorum : il est traité avec un premier degré sans équivoque. Le seul élément relativement perturbant est le choix de déplacer l’action du pays culturellement lié à tout ça, à savoir le Japon, vers la Corée. Il s’agit très probablement d’une histoire de droits et de pressions légales de la part de la Toho. Le studio qui produit les films Godzilla aurait en effet découvert l’existence du projet via des concept arts et menacé de saisir la justice pour des ressemblances trop marquées avec leur mascotte… On peut alors imaginer que le déplacement des kaijus de leur terre natale jusqu’à Seoul est une manière d’esquiver les problèmes juridiques.

Pourtant, l’hommage au tokusatsu est franchement très honorable. Si les scènes avec le kaiju (et aussi un robot géant, je spoile un peu mais voyez-le vous verrez que c’est bien) ne sont pas très nombreuses, elles sont toutes faites avec une approche très ancrée dans le cinéma populaire japonais, que cela soit dans l’utilisation de maquettes que dans les choix de plans accentuant le gigantisme. Et d’ailleurs la scène finale du film est une proposition très originale sur le genre, qui vient chercher le bout du concept offert par la trame pour proposer quelque chose de très prenant en termes d’action, de montage, et de thématique.

Enfin tout ça pour dire que si vous êtes un vrai cinéphile, vous ne pouvez pas cracher sur un film qui contient Anne Hathaway avec une frange, et des kaijus qui se fracassent la tronche. Ou alors vous n’avez jamais aimé le cinéma.

Colossal, un film de Nacho Vigalando, avec Anne Hathaway, Jason Sudeikis et Dan Stevens. Sorti en 2017 et édité en blu-ray le 16 juillet 2026.

 

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