Mieux vaut tard que jamais pour revenir sur nos autres coups de cœur au format court de ces derniers Sommets du cinéma d’animation ! Si vous n’avez pas encore lu la première partie parce que vous n’avez aucun cœur (ou parce que vous aviez autre chose à faire, tout le monde a une vie), vous pouvez la retrouver juste ici.
Le pain se lève, d’Alex Boya

Oubliez The Walking Dead (c’est probablement déjà fait, comme à chaque fois que je rappelle à la rédaction de Cinématraque qu’il existe encore des spin-offs de la série) et dites bonjour au « walking bread » d’Alex Boya ! Là aussi, on plonge dans un monde post-apocalyptique, mais pas du tout pour les mêmes raisons. Ici, ce sont les « infectés » qui se font dévorer.
Alors que la planète meurt de faim, conséquence du réchauffement climatique (qui n’existe pas, la récente canicule n’est qu’une illusion voyons), la mégacorporation The Mill crée un pain miracle censé résoudre la faim dans le monde. Petit hic dans la recette : quiconque en mange une bouchée se transforme en véritable miche ambulante. Une petite fille tente alors de sauver son petit frère contaminé… pendant que tout le monde rêve de lui croquer dedans.
Alex Boya dépeint un monde au bord du gouffre, où il est impossible d’échapper à l’horreur. Le court métrage est presque entièrement réalisé en plan-séquence, comme s’il était impossible de détourner les yeux du cauchemar qui se joue devant nous, malgré l’absurdité totale de la situation. C’est aussi réjouissant que terrifiant, et on n’a pas envie d’en laisser une seule miette.
Raconte-moi ton prénom, de Cantiane Breton

Il suffit d’un carnet de croquis pour raconter des histoires… et pas n’importe lesquelles. Dans Raconte-moi ton prénom, Cantiane Breton donne vie à l’histoire de trois femmes à travers ses dessins. Entre significations cachées, anecdotes familiales et souvenirs transmis, les témoignages s’enchaînent avec tendresse et vitalité, tandis que les dessins accompagnent ces confidences en voix-off, leur donnant peu à peu une nouvelle dimension.
Avec une grande simplicité, la réalisatrice rappelle qu’un prénom n’est jamais qu’une simple suite de lettres : c’est un héritage, une histoire, ou parfois même un poids ou un lien avec celles et ceux qui nous ont précédés. Sans jamais en faire trop, ses illustrations prolongent les récits plutôt qu’elles ne les illustrent simplement, donnant à ces quelques minutes énormément de charme.
Blessed, de Birute Sodeikaite

Si on m’avait dit un jour que j’allais pleurer à cause de la paternité d’un buffle… Et pourtant, c’est exactement ce qu’a réussi à faire Birutė Sodeikaitė avec Blessed. Ou comment le cliché ultime de la bête vaillante et (littéralement) dotée d’une bonne grosse paire de boules voit toute sa virilité vaciller au moment où le doute s’installe.
Entre une image en noir et blanc, une voix rauque qui semble incapable de laisser transparaître la moindre émotion et un effet fish-eye qui accentue encore davantage la carrure imposante de l’animal, tout concourt à faire de Blessed une représentation presque caricaturale de la masculinité… avant de mieux la déconstruire. Derrière ce buffle se cache surtout un futur père terrifié : peur de ne pas être à la hauteur, de voir sa liberté disparaître, de porter une responsabilité qui le dépasse, voire l’envie de prendre la fuite plutôt que d’y faire face.
Derrière l’armure que l’on se forge, les sentiments que l’on ravale et les injonctions à toujours paraître fort (et même si men are trash), il reste parfois un petit cœur qui bat. Et Blessed rappelle avec beaucoup de justesse que la vulnérabilité fait, elle aussi, partie de la paternité… et de la parentalité tout court, finalement.
Oh, Casselman! (Ouverture de Vaches, The Musical), de Dominic Asselin

Ça pourrait ressembler à une blague, mais Dominic Asselin anime bel et bien une vraie chanson d’une vraie comédie musicale qui s’appelle vraiment Vaches, The Musical. Et oui, elle est bel et bien inspirée d’une histoire vraie : celle d’un agriculteur qui tente de sauver des centaines de vaches d’une tempête de verglas, alors que tout semble s’acharner contre lui.
Oh, Casselman! en est la chanson d’ouverture, celle qui vient planter le décor avec une énergie débordante et un humour qui fait mouche. Dominic Asselin pousse encore un peu plus loin cet esprit absurde grâce à une animation qui donne presque l’impression d’assister à une version spectacle d’école de la comédie musicale. Et c’est un compliment.
Paradaïz, de Matea Radic

Récompensé du Grand Prix Guy-L.-Coté du meilleur film d’animation canadien, Paradaïz rejoint en quelque sorte Le pain se lève dans sa manière de représenter un monde en guerre avec absurdité. Ici, une jeune femme prend l’avion pour Sarajevo, ville qu’elle a fui pendant son enfance dans les années 1990… et qu’elle redécouvre des années plus tard.
À travers les souvenirs de sa propre enfance, Matea Radić aborde avec beaucoup de sensibilité la question de la reconstruction de soi. Que parvient-on à conserver de son pays d’origine lorsqu’on a été contraint de le quitter ? Peut-on vraiment y revenir comme si rien ne s’était passé ? En apparence, son animation décalée et ultra-colorée semble mettre la violence à distance : d’énormes tomates se transforment en bombes, tandis que des escargots traînent leur coquille à la recherche d’un abri. Une parfaite métaphore de ce que signifie devenir réfugié : continuer à porter avec soi le poids de l’exil, même quand la guerre appartient au passé.
Ancré dans un conflit antérieur, Paradaïz traduit pourtant avec justesse un sentiment partagé par toutes les populations encore déchirées par la guerre. Celui de ne plus vraiment savoir où est sa place, de rêver d’un retour sans jamais être certain qu’il soit possible. Son héroïne aimerait pouvoir « se cacher sous le tapis », comme si attendre que les bombes cessent suffisait à effacer les blessures. Mais si l’on peut reconstruire une ville, il est bien plus difficile de reconstruire les souvenirs qu’elle a laissés derrière elle.
We’re Kinda Different, de Ben Meinhardt

Littéralement un cul vivant qui chante une ode à la différence dans un immeuble de bureaux. Je n’ai rien à dire de plus. Enfin si : c’est probablement la chose la plus absurde que vous verrez aujourd’hui, mais aussi l’une des plus sincères. Derrière son humour complètement déjanté, We’re Kinda Different célèbre tout simplement le droit d’être soi-même, peu importe le regard des autres. Et ça en fait, mine de rien, ce qu’il y a de mieux pour apporter un peu d’espoir dans un monde de brutes. Et ça… ça, c’est quelque chose.

