Coups de cœur (Films et works-in-progress) au festival international d’animation d’Annecy 2026

L’ami de la rédaction Florian Etcheverry était au festival d’Annecy cette année et nous a gentiment proposé de nous partager ses impressions. Comme on l’aime bien, qu’il fait du bon travail et qu’il est souvent très gentil avec nous, on ne pouvait pas refuser ! Voici donc ses retours anneciens.

La pléthorique programmation de l’édition 2026 d’Annecy, cinquantième du nom, a fait venir plusieurs grands noms des Etats-Unis, dont le créateur de Beavis & Butt-head devenu nabab de la production d’animation adulte Mike Judge, et l’écrasante canicule qui s’est abattu sur le chef-lieu de la Haute-Savoie n’a pas empêché les festivités de se tenir. Je vous propose un petit tour d’horizon non-exhaustif des meilleurs films et works-in-progress vus cette dernière semaine de juin.

Edge Of Time/Le Bord Du Temps (Chine, sélection Les Grands Frissons En Animation)

Edge of Time au Festival d'Annecy - News/Brève | Catsuka

Ce film se trouvait dans une sélection parallèle à l’Officielle un peu fourre-tout, comprenant autant le déjanté Jim Queen que cette proposition bien plus tournée SF et fantasy, œuvre assemblant 4 segments aux styles et personnages bien différents. Ici, les 4 auteurs, Shinichiro Watanabe (Cowboy Bebop), Shuhei Morita (Short Peace), Li Wei (Jiang Ziya) et Weng Ming (Deep Sea), délaissent le cadavre exquis pour un scénario à tiroirs. Pour l’histoire : Aqila, créature similaire à une sirène, se lie d’amitié avec une humaine, mais va être séparée par la guerre et les conflits. Les différents tableaux les verront réunies à travers le temps et l’espace, accumulant à la fois souvenirs et rancœurs ; le film fonctionne mieux en se muant en épopée néo-noir dans une Chine rétro-futuriste, avec un réalisateur engagé qui va faire les frais de ses accointances politiques et personnelles. Ou encore, avec le segment final, plus post-apocalyptique qui joue l’épure et rapproche un trio de personnages : une fillette, un jeune soldat dans une guerre uniquement ravivée par des tanks automatisés depuis des décennies, et un androïde. Oeuvre humaniste labyrinthique, il est des films vus à Annecy qui demandent plusieurs revisionnages. Edge of Time/Le Bord Du Temps est de ceux-là.

 

Le Fils de Pute (Brésil, sélection officielle – Contrechamp)

Annecy est aussi l’occasion pour l’animation indépendante mondiale de présenter des projets éclatants et artisanaux. Cette année, difficile de trouver meilleur représentant que la petite boîte de prod brésilienne Otto Desenhos Animados, et son quatuor de réalisatrices et réalisateurs : Érica Rocha Santos, Otto Guerra, Tania Anaya, Sávio Leite. Un projet porté à bout de bras pendant 10 ans, pour un portrait cru et acerbe de leur petite microrégion de Porto Seguro, perdue quelque part à Bahia, là où personne n’a cure de leur existence, des touristes aux locaux. L’odyssée d’Ismael, un homme-à-tout-faire et à tout réparer surnommé Le Fils De Pute par l’ensemble du village, vu que sa mère tient une maison close, dépeinte comme le seul lieu de vie du Veredas de cartoon, la Casa Rosa. Ismael, donc, se mettant en quête de son père une fois qu’il découvre un message caché dans un exemplaire de Moby Dick.

Fort en couleurs criardes, du vert pomme au rouge écarlate, en caricatures de papier et en sous-texte politique rendu possible par la quasi-absence d’aides publiques de quelque sorte que ce soit, Le Fils de Pute pourrait être réduit à sa promesse d’humour trash. Mais, en creux, c’est une vraie tendresse qui se dessine au milieu de toute cette absurdité, et sans doute la proposition la plus férocément intègre de tout le festival. Vite, un distributeur, et que ça saute.

Samurai Ballerina – L’Étoile de Paris en fleur (Japon, Annecy Présente)

Samurai Ballerina' pirouettes through Belle Epoque Paris with uneven grace - The Japan Times

Fruit du studio ARVO Animation et du réalisateur Gorō Taniguchi (One Piece : Red), avec un scénario de Reiko Yoshida (la MEILLEURE, ndlr), à l’œuvre sur Violet Evergarden, le film imagine une uchronie du Paris de la Belle Époque où deux amies de très bonne famille fraîchement débarquées du Japon, Fujiko et Chizuru, veulent faire carrière dans les arts. Néanmoins, la première est beaucoup plus inspirée par le talent de la seconde, et patine en tant que peintre amateur en faisant des petits boulots. Chizuru, la ballerine samouraï du titre, est championne de dojo et veut adapter ses talents pour intégrer l’Opéra de Paris.

Si le film accuse quelques longueurs, la recette fonctionne plutôt bien sans tomber dans un excès de mièvrerie, et les inévitables clichés francophiles (ici, les baguettes de pain de la moitié de la taille de Fujiko) sont contrebalancés par une splendide reconstitution – apparemment très documentée – du Paris de l’époque, avec tous les lieux communs que cela implique : Fujiko trouve une micro-chambre sur les hauteurs de Montmartre, ce qui donne à voir les décors splendides tout éclaircisant la sincérité de la trame, qui voit Paris plus comme un refuge artistique, notamment avec la prof de ballet exilée de Russie, Olga, et son fils pianiste Ruslan. Le film prend également de l’ampleur avec une bande originale signée Takayuki Hattori (compositeur sur une grande partie de la franchise Doraemon).

Lucy Lost (sélection officielle – compétition L’Officielle)

Xilam Films' Epic Family Feature Lucy Lost Sets Sail with Gebeka International, Le Pacte and Canal+ on Board – Xilam animation

Déjà vue en séance spéciale à Cannes, cette adaptation animée de Michael Morpugo et du livre Listen To The Moon est la première incursion dans le long-métrage de Xilam et Marc du Pontavice, après plusieurs décennies d’activité dans l’animation télévisée. Film assuré par Olivier Clert, qui a une très longue expérience en storyboarder, le design à mi-chemin entre les productions de Jean Chalopin et IDDH, et celles du studio Ghibli, assurent une cohérence redoutable au film.

Entièrement réalisé en 2D avec l’apport de 300 dessinateurs (et de ma pote Lucie Giros la best, ndlr, mais c’est Florian qui dit que c’est bien pas moi donc j’esquive le conflit d’intérêt, ndlr bis), la plus grande qualité du film est de dessiner une finesse psychologique à travers sa structure de conte : Lucy, fillette amnésique recueillie dans des îles anglaises reculées après un accident, et sujette à l’opprobre de sa communauté suite aux soupçons de parler à une « amie imaginaire », Milly, brasse beaucoup de thèmes avec brio et arrive quand même à ménager ses effets de surprise. La conclusion crève-cœur est probablement une des plus belles de l’année cinéma 2026 – le film sortira pour les vacances de la Toussaint, et prédit déjà une belle implantation ciné pour son équipe créative.

Carmen L’Oiseau Rebelle (sélection officielle – compétition L’Officielle)

Carmen, l'oiseau rebelle - Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma

Si Sébastien Laudenbach délaisse pas mal l’humour et l’inattendu de l’épopée décalée Linda Veut du Poulet !, cette nouvelle réalisation qui est une relecture modernisée du Carmen de Bizet conserve l’explosion de couleurs et d’expressivité bigarrée qui lui sont propres. Soit, ici, une adaptation chorale où Carmen doit être sauvée d’un destin tragique par Salva, gamin des rues, et assistant d’Antonio (personnage absent de l’opéra), devin aveugle et retors qui ne se trompe jamais. Si l’espièglerie des gamins croqués par Laudenbach et son équipe laissent un peu sur leur faim, le film recèle de beaux morceaux de bravoure, notamment pour son chœur de femmes gitanes et son propos sur la jalousie possessive qui contient toute la force émotionnelle du film. Une réussite moins éclatante que Linda, mais tout aussi forte en caractère, et bénéficiant des talents visuels d’auteurs de BD comme Cyril Pedrosa (L’Age d’Or).

Work-in-progress

Prue Et La Prophétie de La Forêt/Wildwood

Prue et la Prophétie de la forêt - en présence de Travis KNIGHT ,Edith Bowman | Cité Internationale du Cinéma d'Animation

En plus d’une expo temporaire pour l’inauguration de la Cité Internationale de l’Animation, LAIKA a eu une présence très forte sur l’édition 2026 : projections de leur catalogue en version 4K et une session de présentation des premières images de Prue Et La Prophétie de La Forêt (Wildwood, sortie prévue début décembre via Metropolitan). Travis Knight, réalisateur et patron historique du studio, a donné un aperçu complet de la – complexe – production du film, qui dure depuis maintenant 2021. Une session de contrastes : si Knight avouait que l’échelle des films de LAIKA était de plus en plus grande, Missing Link (Monsieur Link) étant à l’échelle mondiale et Wildwood se situant entre deux univers et réalités distinctes… Les quelques scènes projetées ancrent artistiquement le film comme une lettre d’amour à Portland, Oregon, QG du studio et aussi vibrante et pittoresque que possible. Un art de la chronique régionaliste animée qui lui fait rejoindre… Le Fils de Pute (tiens, tiens). Mais c’est aussi un retour aux sources et un recentrage du studio avec une nouvelle démonstration de son savoir-faire : soit une utilisation à très grande échelle de l’animation pas-à-pas, augmentée et fluidifiée par un compositing et l’ajout d’éléments 3D ça et là.

Knight a profité, de manière très prolixe, de cette présentation pour rappeler les fondamentaux du studio : pas (ou peu) de développement visuel sans scénario fini et abouti, et l’émotion délivrée par le film et ce qu’il évoque pour les équipes comme boussole pendant le process (ici plusieurs années, avec une post-production en cours). Si le film est une adaptation de la série de bouquins de Colin Meloy (également membre des Decemberists), et qu’il joue dans un univers de fantasy familial plutôt balisé, les quelques scènes projetées confirment toute la prouesse technique et la générosité du studio. D’une course-poursuite à travers les rues de Portland alors que Prue voit son frère enlevé par une nuée de volatiles à une scène d’action très Histoire Sans Fin à dos d’aigle royal (la Générale, avec la voix d’Angela Bassett en VO), le potentiel est plus que jamais là.

Adventure Time : Side Quests (Cartoon Network/HBO Max)

How 'Adventure Time: Side Quest's Creative Heroes Created Finn & Jake's Spunky, Silly Comeback - Animation Magazine

Le panel Warner Bros. Animation a été assez avare en séries présentées, mais c’est parce que le groupe Warner Bros. Discovery avait décidé de séparer ses séries DC Studios et adultes dans d’autres présentations. On a donc eu droit uniquement à la prog famille sur le panel WB Animation et Hanna-Barbera Europe, mais surtout à la projection de deux épisodes du nouveau spin-off d’Adventure Time, Side Quests. L’occasion de se rendre compte que cette série dérivée utilise surtout le prétexte de la préquelle pour… Produire de nouveaux épisodes d’Adventure Time sous l’égide de Nate Cash (impliqué sur la plupart des dernières saisons de la série en supervising director), de la même manière que pour Gumball. Certes, la dynamique de Finn et Jake n’est pas encore très évoluée, et quelques indices nous laissent poindre que c’est les débuts de leurs aventures à Ooo, mais Bros & Arrows et Son Of The Goblin Queen fonctionnent réellement selon la formule de la série-mère, conclue il y a presque huit ans. De quoi rassurer les fans en attendant des nouvelles du film (si David Ellison le veut bien…) et de la future série Bubblegum & Marcelline, annoncée en grande pompe en fin de panel.

Bass X Machina (Netflix)

Bass X Machina (TV Series 2026– ) - IMDb

Netflix a consacré un panel à ses projets en japanimation et animation adulte ; vu que ses grands projets Alley Cats et la sympathique mais mineure Living The Dream faisaient déjà l’objet de panels séparés, la plateforme au gros N bien rouge a donc étiré ses grands extraits de The One Piece et de son blockbuster d’été à venir, The Ribbon Hero, dont le réalisateur avait fait le déplacement. Hélas : cela n’a laissé qu’un petit quart d’heure au chef des programmes d’animation adulte Jermaine Turner pour teaser le reste du line-up. Parmi ceux-ci, une proposition audacieuse mêlant personnages afro-américains et stylistique inspirée de la japanimation. Des expériences déjà tentées avec un certain niveau de réussite créative, y compris avec la série Yasuke de 2021, autour de la légende d’un samouraï noir. C’est le cogérant de ce projet LeSean Thomas qui revient à la barre avec, en tête pensante adjointe… L’acteur Brian Tyree Henry (Atlanta, Bullet Train) qu’on attendait pas du tout sur ce terrain. Le résultat, animé par le Studio MIR en Corée, entremêle steampunk, western, thriller, horreur et drame familial ; un court extrait sanglant a été largement ce qui nous a le plus intrigué de la présentation.

 

 

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