Gentle Monster : Soupçon d’inceste

Parmi les quelques réalisatrices (5…) conviées cette année en compétition, figure Marie Kreutzer, réalisatrice autrichienne qui présente, après le joli succès de Corsage, son sixième film : Gentle Monster.

On y découvre un jeune couple parents d’un petit garçon qui vient de s’installer dans une belle maison de campagne. La mère, Lucy Weiss, (Léa Seydoux) est une artiste reconnue, comme presque tous les personnages des films de cette sélection. Le père (Laurence Rupp) semble chercher sa voie dans la réalisation. On comprend que cette installation est le départ d’une nouvelle vie pour ce couple. C’est plutôt un faux-départ, car la police intervient pour arrêter le père qui fréquenterait assidument les forums de pédophile. Ça jette un froid.

De ce choc initial, le film suit le parcours de Lucy face à cette nouvelle qui, on le comprend, est un peu dure à digérer. D’autant plus que Philip explique rationnellement pourquoi tout ceci est un grand malentendu, ce que Lucy aimerait beaucoup croire malgré la faiblesse de ses explications. Heureusement le film ne se concentre pas sur l’enquête et la résolution de sa culpabilité. C’est plutôt la façon dont la pédophilie, et le soupçon d’inceste qui en découle, dénature tout autour de lui qui est au cœur du Gentle Monster. Une des premières scènes du film nous montre ainsi le père tout juste sorti de la douche courant après son fils et, perdant sa serviette, finit par déambuler nu dans la pièce. Scène innocente familiale qui a posteriori prend une dimension ignoble. C’est ce qu’on lit dans le regard de Léa Seydoux, qui porte en partie la réussite du film : le doute qui se diffuse et qui réécrit toute son histoire avec son mari, et surtout avec son enfant. Le besoin de savoir ce qui est arrivé concrètement à son fils se heurte à l’impossible vérité, le climat incestuel étant trop flou pour savoir réellement si le père est passé à l’acte ou en est resté à la consommation de vidéos pédopornographiques.

En parallèle de ce terrible chemin de Lucy, le film décrit aussi le travail d’une policière spécialisée dans les crimes pédocriminels. C’est la partie la plus faible du film qui ne semble ne pas vraiment savoir quoi faire de cette intrigue trop développée ou pas assez. L’idée de montrer le point de vue de la policière qui en a assez vu pour savoir que le père n’est pas la victime d’un terrible malentendu est plutôt bonne et permet d’apporter un contre-point à la vision de Lucy. C’est dommage que le film se perde dans le développement de l’histoire familiale de cette policière qui parasite un peu le récit. La relation de Lucy avec sa mère est pareillement peu aboutie. Catherine Deneuve fait du Catherine Deneuve et le duo avec Léa Seydoux marche plutôt bien, mais la relation entre elles reste superficielle.

On retiendra donc surtout du film, cette représentation de l’insouciance perdue, tuée par la perversité des hommes qui salissent jusqu’aux souvenirs d’une famille. Et de cette quête impossible pour savoir quel impact véritable ce père aura sur cet enfant qu’elle a eu avec lui.

Gentle Monster, un film de Marie Kreutzer avec Léa Seydoux, Laurence Rupp, Catherine Deneuve. Date de sortie en salles inconnue.

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