Butterfly Jam : Lutte à bec

Kantemir Balagov est un cinéaste qui ne laisse pas indifférent à Cinématraque, mais pas toujours pour le meilleur. On était d’autant plus craintif de découvrir son nouveau film, présenté en ouverture de la Quinzaine des cinéastes, que pour la première fois le réalisateur russe a tourné aux US avec au casting Barry Keoghan et Harry Melling.

On n’oublie cependant pas tout à fait la Russie puisque l’on suit une famille tcherkesse, venant donc de Circassie (j’ai découvert tout ça sur Google après le film, car je suis ignare). Azik est cuistot dans un restaurant tcherkesse (heureusement maintenant on sait tous ce que ça veut dire) et tente d’élever tant que bien mal son fils, champion de lutte, Temir. Celui-ci jette un regard de plus en plus désabusé sur son loser de père, grand enfant qui semble ne jamais aller au bout de ses idées. Temir a déjà une carrure d’athlète et un mental de champion et aimerait que son père soit plus ambitieux.

La première partie du film semble lorgner du côté du film de paumés à grand cœur. C’est un registre qui peut être sympathique, mais on est loin de l’inédit. On suit donc les embrouilles de cette famille un peu perdue avec la crainte de voir devant nous se dérouler un scénario en pilote automatique. Une relation atypique entre le jeune homme et une de ses camarades de lutte (le sport, pas le marxisme), laisse pourtant déjà entrevoir une dimension plus intéressante qu’un simple conte social sur une famille dysfonctionnelle.

Pélikantémir Balagov. Allez celle-là, elle est cadeau

Et en effet deux ruptures de ton permettent au film de trouver une voix très singulière. D’abord un pélican, qui apparaît et apporte avec lui une dimension à la fois comique et poétique. Mais surtout un virage narratif dont je ne dirais rien ici. Ce moment-clé du film pourrait d’ailleurs être une catastrophe, traité autrement. Mais le film est très intelligent sur sa dernière partie et creuse une réflexion sur l’injonction à la toxicité pour les hommes devant faire preuve de force à tout moment même quand ils en sont tout à fait incapables. Et la force, cela veut évidemment dire celle de pouvoir soumettre les autres à sa propre puissance, contre leur gré. Cette recherche de la supériorité sur son vis-à-vis, cristallisée dans un match de lutte, aura évidemment des conséquences funestes sorti d’une salle de sport.

On aurait aimé que Butterfly Jam trouve plus rapidement sa tonalité. Mais le résultat est finalement beaucoup plus réussi que ce que l’on redoutait. Une belle surprise pour ouvrir la Quinzaine des cinéastes.

Butterfly Jam, un film de Kantemir Balagov avec Barry Keoghan, Talha Akdogan, Riley Keough et Harry Melling. Date de sortie inconnue.

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