In Waves : Dans le creux de la vague

L’histoire personnelle d’AJ Dungo est une histoire marquée du sceau de la tragédie : à l’adolescence, il tombe éperdument amoureux de Kristen, la sœur de l’un de ses voisins, qui lui transmet son amour du surf. Ils sont jeunes, beaux, ils ont la vie devant eux le long de la côte californienne. AJ se destine à une carrière dans le dessin et l’illustration, Kristen veut devenir infirmière. Puis un jour, Kristen est réveillée par une violente douleur. La maladie s’invite dans leur couple et alors que le destin s’acharne, leur amour commun de la mer et des vagues devient leur lien dans l’épreuve qu’il traverse.

Écrit en hommage à sa compagne disparue, In Waves fut un des romans graphiques choc de la dernière décennie, succès critique et public incontestable, rendant évidente la perspective d’une adaptation sur grand écran. C’est pourtant de l’autre côté de l’Atlantique que le film In Waves a pris forme, sous la coupe de la réalisatrice Phuong Mai Ngyuen, dont c’est le premier long-métrage mais qui fut déjà remarquée par l’adaptation en série de la série des Culottées de Pénélope Bagieu. Lyna Khoudri, le jeune Rio Vega et Paul Kircher à la VF ; Will Sharpe (The White Lotus, dont la saison 4 se tourne d’ailleurs en ce moment même à Cannes et ses alentours) et Stephanie Hsu (Everything Everywhere All at Once) à la VO : le casting vocal laissait planer de belles ambitions autour de cette production franco-belge. Et ce sans parler de la bande-son composée par Rob et l’incontournable princesse de l’hyperpop made in France Oklou, dont l’auteur de ces lignes a appris hier soir que son nom se prononçait en réalité “okélou” (merci Eye Haïdara).

Copyright ; Silex Animation

En dépit de sa volonté de rester au plus près du matériau d’origine, In Waves version cinéma se départit très rapidement de l’identité visuelle du roman graphique original. Finis les dégradés de bleu à l’infini, le film se dote d’une palette aux tons pastel nettement plus mainstream et rassurante dans l’optique d’aller séduire un public adolescent plus large. Très empreint d’un esprit de teenage movie à l’américaine, In Waves embrasse pleinement l’émotion qu’il cherche à faire surgir en érigeant l’histoire d’AJ et Kristen en véritable tragédie amoureuse moderne. Et sur ce point-là, pour peu de ne pas être allergique à toute forme d’emphase sentimentale, le film remplit honorablement son contrat.

Le problème, c’est qu’en permanence le spectateur se retrouve à se questionner sur l’intérêt réel du médium cinématographique par rapport à celui de la bande dessinée. Sans doute trop soucieux de rester fidèle au verbe d’AJ Dungo, le film se montre en permanence trop timoré dans sa démarche d’adaptation. Les planches du roman graphique alternaient entre le bleu étouffant des vagues qui zébraient la page et l’œil du lecteur ; et le sépia réconfortant des encarts consacrés à l’histoire du surf et de certaines de ses légendes (dont l’Hawaïen Duke Kahanamoku, qui fit découvrir le surf aux Etats-Unis en dépit de l’interdiction de la pratique par les colons britanniques sur son île de naissance). Ici, elles sont remplacées par quelques tristes et quelconques scènes sur l’esprit du surf et la culture polynésienne, qui ont un peu de mal à s’insérer dans l’ensemble au point d’être quasiment délaissées à mi-parcours. Tout semble un peu moins fort quand l’image se met en mouvement, et la réalisation ne s’empare jamais totalement des possibilités de l’animation, notamment sur un sujet aussi propice que la mer et le surf.

In Waves laisse derrière lui, une fois l’écume des larmes séchée, la frustration de voir un film qui ne fait qu’effleurer son sujet et se réfugie derrière les apparats d’un teen drama doux-amer mais un peu trop confortable. Ce n’est pas à proprement parler un échec total, mais pour une oeuvre qui a autant marqué le neuvième art récemment, on aurait préféré que son adaptation au cinéma ne s’attarde pas autant à la surface, mais aille s’aventurer plus loin dans les profondeurs de sa déchirante tragédie.

In Waves de Phuong Mai Ngyuen, avec Lyna Khoudri, Rio Vega, Paul Kircher… en salles le 1er juillet

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