On peut désormais dire que c’est une tradition, le Festival de Cannes s’est à nouveau ouvert avec une comédie française qui sort en même temps dans toutes les salles de France. Tradition pertinente qui permet de connecter le Festival avec la France entière (enfin, ceux qui sont au courant et qui en ont quelque chose à faire, ce qui réduit quelque peu le public touché). Après Le Deuxième Acte et Partir un jour, c’est La Vénus électrique de Pierre Salvadori qui a le droit aux honneurs cannois.
Situé à la fin des années 20, La Vénus électrique reconstitue avec une certaine élégance le Paris des années folles avec ses calèches et ses fêtes foraines. C’est dans l’une de ces dernières que l’on rencontre Suzanne (Anaïs Demoustier), exploitée par le gérant et désireuse de sortir de sa triste situation. Par un hasard des circonstances et un malentendu, le premier d’une longue série, Antoine (Pio Marmaï) prend Suzanne pour une voyante et pense qu’elle peut communiquer avec son amour défunt. S’en suit une série de tromperies, mensonges, illusions et désillusions qui vont nouer le destin de ces deux personnages.

Dommage que les personnages ne soient qu’esquissés
On sent que Salvadori s’amuse avec cette petite machine inspirée d’une idée de Rebecca Zlotowski et Romain Campillo. De belles idées de mise en scène ponctuent le film comme ces jeux autour de la juxtaposition de la lecture du journal intime et la représentation de ce qui s’y passe. L’ensemble est très mignon et sympathique. Hélas, en expliquant trop ses propres illusions le film peine à nous mystifier et tout semble finalement très lisse et convenu. Les acteurs ont aussi avoir parfois un peu de mal à nous faire croire à ce qui se passe, donnant un air très artificiel au film. Seule Vimala Pons sort un peu du lot mais son personnage reste finalement aussi trop limité. Il y avait pourtant de belles choses à dire et à montrer sur ces amours qui se chevauchent entre le monde des vivants et des morts, sur le spectacle (et donc au fond, comme toujours, le cinéma) pour recréer ce qui a disparu et permettre l’éclosion du nouveau. Tout cela est présent dans le film, mais en pointillés comme si Salvadori avait eu peur de trop s’écarter de la trame bien ciselée de sa comédie, effrayé, peut-être, par le vertige qui aurait pu surgir en se penchant un peu trop sur ces questions existentielles.
La dernière partie de La Vénus électrique qui résout très proprement ses intrigues est ainsi la moins intéressante. Le film y perd son énergie ironique et on attend sagement que tout cela se termine. On retiendra plutôt ses moments d’humour, ses dialogues dynamiques et son ambiance malicieuse qui font que La Vénus électrique reste un bon choix pour une ouverture du Festival.
La Vénus électrique de Pierre Salvadori, avec Anaïs Demoustier, Pio Marmaï, Gilles Lellouche, Vimala Pons … en salles depuis le 12 mai !

