On becoming a Guinea Fowl : réparer les vivantes

L’un des meilleurs aspects de Cannes, après le café gratuit à volonté, c’est de s’asseoir dans une salle sans rien savoir du film que l’on va découvrir. Après dix minutes devant On becoming a guinea fowl, j’étais donc ravi de voir que le film zambien de Rungano Nyoni (déjà remarquée pour I Am Not a Witch en 2017) était un film drôle, vif, et sûrement léger.

Après quelques minutes de plus devant le film j’ai compris que c’était un film sur l’inceste, en fait. Rungano Nyoni part en effet de la mort de l’ « oncle Fred » comme l’appelle toutes les cousines de la famille réunie pour ses funérailles. Et c’est à cette occasion que les actes de cet oncle criminel qui n’a jamais été inquiété vont ressurgir. Toute la place est laissée aux survivantes, celles qui vont devoir vivre désormais en sachant que justice ne leur sera jamais rendue et qui commencent seulement à mettre des mots sur ce qui leur est arrivé, enfantes.

Il n’y a qu’une photo dans le dossier de presse donc je vous mets une photo de pintade parce que c’est le nom français de Guinea Fowl, eh oui. ça sonne moins bien, cela dit « De la transformation en pintade » pour un titre de film

L’une des plus belles idées du film est de se situer pendant les funérailles de cet oncle dont on ne saura rien. Car la famille est réunie non seulement pour l’honorer mais également pour régler ses comptes avec la veuve considérée avec mépris par les aînés alors qu’elle n’est sûrement qu’une victime de plus. Les pleurs de deuil des sœurs de Fred se mêlent donc aux pleurs de leurs filles pour les actes du même Fred. Mais si le fossé générationnel est évidemment présent tout au long du film, Rungano Nyoni offre également une magnifique scène de communion entre ces femmes qui savent toutes, qu’elles l’aient accepté ou pas, le mal que font les hommes. Il faut ici saluer l’interprétation de Susan Chardy au visage presque exagérément fermé au début du film et qui progressivement se rend compte qu’elle a des alliées pour l’aider à vivre avec son passé.

La réalisatrice reste également lucide sur la difficulté de faire surgir la vérité dans une société qui fait tout pour éviter les vagues et le scandale. Ainsi, si de nombreux personnages demandent « pardon » dans un processus presque rituel pour régler les conflits familiaux, ce ne sont jamais les hommes pour les crimes qu’ils ont commis, mais les femmes pour éviter l’opprobre et la honte. La seule lueur d’espoir réside bien dans la solidarité des victimes face à un monde qui ne leur rendra jamais ce qu’elles ont perdu.

On becoming a Guinea Fowl, un film de Rungano Nyoni avec Susan Chardy, et Elizabeth Chisela, date de sortie inconnue

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