Le Discours : et y a même pas le buffet après…

Pourquoi le cinéma ? Je sais, vous allez dire que je m’emporte un peu et que je suis victime d’une plongée trop rapide dans les salles sans avoir respecté les paliers de décompression. C’est possible. Mais c’est bien cette question qui m’a taraudé après être sorti du dernier film de Laurent Tirard, Le Discours. Et plus précisément : qui s’est dit en refermant le livre du même nom de Fabcaro: « ça alors, il faut absolument adapter ce roman en film ! » ?

Le Discours de Fabcaro a eu un grand succès en librairies et a donné un nouveau public à cet auteur déjà reconnu par les amateurs de bande-dessinée. Dans Le Discours il narre l’angoisse d’Adrien qui apprend qu’il doit rédiger un discours pour le mariage de sa sœur alors qu’il vient de se faire larguer par sa copine.

Le livre suit les pensées tourmentées et souvent drôles de ce jeune homme perdu. Le ton enlevé du livre colle parfaitement avec la façon dont Fabcaro décrit et commente les habitudes parfois absurdes de nos comportements quotidiens. L’humour léger et le regard de caricaturiste fonctionnent parfaitement. Le Discours est un livre qui fait souvent rire et qui est globalement très attachant et sympathique. Et qui ne semble a priori ne pas nécessiter d’adaptation au cinéma.

« Et si tu devais choisir entre Mélenchon et Lepen au second tour, tu ferais quoi ? »

Alors comment Laurent Tirard s’en sort ? L’action se déroulant quasiment exclusivement le temps d’un repas familial, c’est via des flashbacks ou des scènes fantasmées que le personnage d’Adrien sera développé. Toute la force de la narration de Fabcaro est retranscrite par un monologue d’Adrien qui n’hésite pas à briser le quatrième mur. Le spectateur est donc le complice d’Adrien qui se moque à la fois de ce qui l’entoure et de lui-même. On retrouve par instant l’énergie de la plume de Fabcaro. Certaines blagues fonctionnent toujours, une fois portées à l’écran. Mais l’ensemble est très artificiel et ne convainc jamais. Le cinéma ajoute en effet des éléments superflus à des blagues qui fonctionnent principalement sur les dialogues. Voir François Morel attablé ne rend pas meilleures les blagues qu’Adrien fait sur ce personnage. Laurent Tirard n’arrive pas à ajouter par la mise en scène une nouvelle dimension comique ou une façon différente d’appréhender ce qu’a raconté Fabcaro. On comprend la volonté du réalisateur dans le choix d’un théâtre filmé qui serait traversé par des scènes différentes brisant la monotonie du repas central. Mais cela n’empêche pas le rythme emballant du livre de s’enliser sur l’écran et on finit par attendre que les plans se succèdent dans un ennui agrémenté de quelques sourires.

D’autres choix auraient pu justifier l’existence de cette adaptation. La relation entre la sœur et le frère, qui est bien rendue et apporte les rares moments d’émotion sincère aurait tant gagné à être développée. Le film aurait peut-être alors pu opérer un léger décalage de son matériau d’origine en apportant un peu de profondeur et de mélancolie au récit. Malheureusement ces moments sont très rares et on revient très rapidement à l’adaptation platement fidèle. A ce jeu, Benjamin Lavernhe sort grand gagnant. Le film repose sur ses épaules et sa prestation est tout à fait convaincante. Malheureusement, le film laisse très peu de place aux autres personnages. Les comédiens récitent donc les quelques lignes qu’on leur a laissées. Quelle tristesse de voir Kyan Khojandi, Sara Giraudeau, et François Morel avec si peu de choses à jouer. Au moins, le tournage n’a pas dû être éprouvant, même s’ils ont souvent l’air de se demander ce qu’ils font là. Nous aussi, du reste.

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