Pour l’éternité : qu’est-ce que le Bon Dieu nous a fait ?

« C’est magnifique non ? »

« Quoi donc ? »

« Tout. Tout est magnifique »

« Ah bon. »

« Enfin c’est mon avis. C’est mon avis. »

Nous retrouvons le cinéma à l’esthétique léchée et à l’existentialisme dépressico-humoristique de Roy Andersson six ans après la fin de sa trilogie des Vivants sur le volet primé à Venise Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence. Censé sortir en en avril dernier, le film a été décalé à novembre prochain mais l’Etrange Festival édition 2020 a réussi à le ramener dans les salles du Forum des images.

Cette fois, Roy Andersson plonge encore davantage dans l’expérimental en proposant une série de tableaux slash saynètes qui sont reliés par la forme, les thématiques, sans pour autant l’être narrativement. On suit par instant un prêtre qui rêve d’un chemin de croix depuis qu’il a cessé de croire en Dieu, par moments un type qui croise un ancien camarade qui ne le salue pas, mais la majorité des vignettes qui nous sont offertes présentent des personnages qui surgissent pour ne jamais revenir. Un homme en dépression dans le bus, une femme qui attend à la gare. Hitler dans son bunker.

Quand tu galères avec ta valise de huit tonnes dans les escaliers du métro et que tout le monde s’en branle

Derrière l’image incroyablement maîtrisée (chaque cadre, perfectionné numériquement et composé intelligemment jusqu’au moindre recoin, témoigne de l’expérience de Andersson dans la publicité), le réalisateur présente les souffrances, les malheurs et les angoisses du quotidien avec beaucoup d’humour et de dérision. La musique – religieuse évidemment – ne fait que souligner l’approche décalée et absurde de ce philosophe déguisé en cinéaste. Car au final on ne trouve dans cet enchaînement de tableaux que ça : de la philosophie. Existentialiste, nihiliste par moments, mais qui cache un certain humanisme. Malgré l’absence de fil conducteur au-delà, les 78 minutes passent comme une lettre à la poste. Une lettre qui contient une blague sur le fait que Dieu nous a abandonné.

Pour l’éternité, écrit et réalisé par Roy Andersson. Diffusé en Mondovision à l’Etrange Festival, sortie en salles en novembre.

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