Alice et le maire : Portrait de Gérard Collomb en Alexandre le Grand [Quinzaine des réalisateurs]

Alice Heimann, jeune femme proche des 30 ans, devient subitement la conseillère philosophique, tel Aristote au côté d’Alexandre, d’un vieux maire socialiste de Lyon, qui n’arrive plus à réfléchir. C’est le point de départ pour le moins surprenant du deuxième film de Nicolas Pariser. Il semble en effet difficile de faire reposer un film de 1H40 sur les discussions politiques et philosophiques d’un élu, tout maire de Lyon qu’il soit. D’autant plus que Pariser se réclame plus de Rohmer que de Sorkin et n’est donc pas très friand des discussions en marchant très vite dans les couloirs et des punchlines bien senties.

Et pourtant, Alice et le maire est très réussi. Si l’on met de côté un début un peu maladroit qui a du mal à rendre ses dialogues crédibles, on découvre ensuite un film extrêmement malin et étonnement sensible. Car l’on comprend vite que derrière la volonté de Paul Théraneau, le maire de Lyon incarné par Luchini, d’apporter du sang neuf à sa réflexion, c’est surtout sur un sens plus global à l’action politique qu’il veut retrouver. Nicolas Pariser ne réalise pas le biopic de Collomb que le monde attendait. Au-delà du parti et de la ville, rien ne fait réellement penser à notre ancien ministre de l’Intérieur. L’édile est un prétexte pour penser la politique à travers l’arrivée d’Alice.

En tissant, certes un peu brusquement, une belle amitié entre les deux personnages, le réalisateur dresse un portrait intéressant de deux visions de la politique. Sans être manichéen, on peut voir dans le rôle d’Alice, très bien joué par Anaïs Demoustier, une certaine forme d’idéalisme et de volonté de redonner un sens aux idées de la gauche. Théraneau, bien que tenté par le discours de sa jeune conseillère, revient toujours à ses réflexes de vieux briscard de la politique, plongé dans le réel. On n’est pas du tout, ici, dans une réflexion à la Baron Noir ou House of Cards, sur le cynisme de la politique prête à tout. Nicolas Parisier fait le pari d’une véritable discussion sur le sens de la politique, si elle en a encore un, et plus précisément, sur le sens du socialisme. C’est un pari osé, car les nombreux dialogues très théoriques n’intéresseront peut-être pas tout le monde. Mais l’humanité qui se dégage progressivement de ces deux personnages est belle à voir et permet de donner du poids aux interrogations philosophiques.

Alors qu’en vrai, nous on veut un biopic de Jean-Michel Aulas.

On peut regretter cependant l’ensemble des personnages ne soit pas logés à la même enseigne. Les seconds rôles sont en effet souvent caricaturaux ou assez mal écrits. La pauvre Nora Hamzawi n’est ainsi pas très bien servie. Cela peut aller jusqu’à la gêne lorsque la femme d’un ancien ami d’Alice, semblant souffrir gravement de dépression sert de ressort comique.

On retiendra quand même qu’Alice et le maire est une belle surprise. Traiter de la politique de manière aussi fine et subtile au cinéma est assez rare pour que cela soit souligné. Reste à savoir si le film parlera autant aux gens de droite qu’aux gens de gauche, étant donné que certaines réflexions semblent quand même intimement liés aux interrogations existentielles des socialistes. Une très belle scène de rédaction de discours se permet même l’audace d’asséner un sérieux coup de griffe à Emmanuel Macron immédiatement approuvé par les applaudissements cannois. Le grand soir arrive… Mais après la soirée champagne sur la plage.

Alice et le maire, de Nicolas Pariser avec Fabrice Luchini et Anaïs Demoustier. Sortie le 2 octobre 2019

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