Ruben Brandt, Collector : Ocean’s Eleven + Ready Player One pour les fans de peinture

Voici un long métrage d’animation qui mériterait d’être vu par tous, et qui pour l’instant n’a pas encore trouvé de distributeur assez fou pour oser perdre de l’argent sur un tel ovni cinématographique. Présenté en clôture lors de la 16e édition du Carrefour de l’Animation au Forum des Images, Ruben Brandt, Collector est un film de casse ultra spectaculaire. Réalisé par un peintre. Hongrois. Oui. Voilà voilà.

L’histoire ? C’est un psychiatre brillant spécialisé en criminels qui fait des cauchemars où il est attaqué par des tableaux célèbres de l’histoire de la peinture. Alors qu’il est persuadé de sombrer dans la schizophrénie, ses patients et amis (menés par une voleuse acrobate, façon femme fatale à la Catwoman) lui proposent de dérober les tableaux qui l’obsèdent, afin d’exorciser sa folie. Le film devient alors une immense course poursuite entre les voleurs d’art, les autorités, les mafias, et un agent secret lui-même collectionneur d’objets de cinéma…

Ready Player One peut aller se rhabiller ; au jeu des œuvres ultras référencées, Ruben Brandt, Collector lui met la misère en long, en large et en travers tant dans le nombre que dans l’intelligence de la référence. Le peintre réalisateur a chargé chacun de ses plans de sa propre réinterprétation des grandes peintures de l’histoire, le tout dans une technique qui mélange dessin à la main et animation 3D pour un résultat de toute beauté. Ce ne sont donc pas juste des références, mais des réinterprétations ; c’est ce qui fait le film fonctionne. Au même titre, la richesse du cinéma convoqué, oscillant sans cesse entre film noir et film d’action James Bondesque, est intelligente grâce à ce choix d’animation ; ce n’est pas du déjà vu, c’est du neuf avec du vieux. On mentionnera ici au moins trois scènes d’actions totalement folles qui ont su de par leur découpage et mouvement nous laisser le souffle court : une course poursuite semi-amoureuse semi-criminelle dans Paris, une cascade avec un hélicoptère et deux camions, et une baston/happening d’art contemporain. Rien que pour ces moments, le film mérite d’être vu.

Mais au-delà du divertissement qu’il propose dans son scénario, c’est plus dans ses thématiques et motifs que Ruben Brandt, Collector intéresse. Déjà son obsession du corps de la femme : en mélangeant psychanalyse, film noir et peinture, on obtient forcément quelque chose de totalement névrosé. Le seul domaine plus obsédé par la femme que ces trois-là, c’est le porno. Et encore. C’est un regard masculin, hétérosexuel et très sexuel qui révèle malgré lui que l’histoire de l’art peut se raconter comme l’histoire du regard des hommes sur les femmes. Ce qui ne serait pas un problème en soi si l’inverse était tout aussi présent ; le male gaze tel que théorisé par Laura Mulver est embêtant dans la mesure où il écrase les autres. Dans un monde idéal, nous aurions énormément de regards de femmes hétéros sur des corps d’hommes, des regards de personnes trans sur des personnes cis, d’hommes homosexuels sur femmes lesbiennes, etc. Ruben Brandt, Collector révèle donc malgré lui les propres obsessions de son réalisateur, mais aussi des arts dans lesquels il s’inscrit. Difficile de le blâmer tant la démarche est cohérente, et l’œuvre n’en devient que plus intéressante lorsqu’on se penche dessus sous cet angle. Après tout, c’est bel et bien un film sur la psychanalyse ! Et l’on espère que vous aurez aussi la chance de le voir un de ces jours, pour en parler avec nous.

Ruben Brandt, Collector de Milorad Krstić avec les voix de Iván Kamarás, Gabriella Hámori, Zalán Makranczi

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