Festival Premiers Plans: Les Oubliés d’Angers

Avant de revenir sur les œuvres primées, on a voulu faire un tour d’horizon des longs métrages vus ces derniers jours au Festival Premiers Plans d’Angers. Parmi eux, nous avons découvert des films qui ont retenu notre attention, qui méritent qu’on s’y attarde, ou bien que l’on aurait aimé ne jamais connaitre.

LES VERSETS DE L’OUBLI (France)

Lorsqu’Alireza Khatami est venu présenter son film au public, on a senti une certaine gêne chez lui. Les Premiers Plans d’Angers sont connus pour être un festival du cinéma européen. Qu’est-ce qu’être européen, français pour un long métrage réalisé par un iranien et tournée au Chili ? Joliment présentés, les arguments du réalisateur ont fait mouche. De toute manière, l’objet étant produit autant par le Chili que l’Espagne, l’Allemagne, les Pays-Bas que la France, Les Versets de l’Oubli avaient toute sa place en compétition, malgré la nationalité de l’artiste et le lieu du récit. Il aurait été dommage évidemment de priver le festival de la plus belle œuvre de la sélection officielle. Si Alireza Khatami est du genre bourlingueur et a signé des courts métrages aux USA, à Taïwan ou en Malaisie, le style qui éclate dans Les Versets de l’Oubli le rapproche de ses origines iraniennes (il a été l’assistant d’Asghar Farhadi). Porté par de longs plans-séquences, on découvre le quotidien d’un croque-mort qui se retrouve avec le corps d’une jeune fille sur les bras. En creux on y voit une réflexion sur la répression politique, les morts chiliens rappelant autant les opposants au régime iranien, qu’un écho des victimes de Pinochet.

Réalisé par Alireza Khatami. Avec Juan Margallo, Tomás Del Estal, Manuel Moron.

THE CURED (Irlande)

Second film avec des zombies de la compétition, le premier long de David Freyne qui gonfle ici son dernier court métrage arrive peut-être trop tard. Le postulat de départ rappelle un peu trop , en effet, l’excellente série britannique In the Flesh. Dans un futur proche, l’Irlande est victime d’un virus qui transforme en zombie une partie de la population, un vaccin est trouvé qui permet de limiter la propagation de la terreur. Certains morts vivants reprennent alors leur place dans la société, mais restent hantés par « les crimes » qu’ils ont commis. Si l’idée n’est pas originale, et le traitement assez classique avec ce qu’il faut de jump scares, le tout attire tout de même la sympathie dans ce que cela dit des fantômes du conflit, de l’occupation anglaise et du retour à la vie civile des groupes armés irlandais ; certain s’orientant dans une bataille essentiellement politique et pacifique quand d’autres se retrouvent à tomber dans la criminalité. Ellen Page, en mère courage fait le job, bien qu’elle semble surtout là pour donner au film un crédit auprès des financiers et des festivals.

Réalisé par David Freyne. Avec Ellen Page, Sam Keeley, Tom Vaughan-Lawlor, Stuart Graham.

GUTLAND (Luxembourg)

On a un peu l’habitude de croire que le Luxembourg est le paradis des banquiers mafieux, mais c’est aussi celui des paysans mafieux.  C’est ce que semble nous dire Govinda Van Maele avec son premier long métrage, certes plein de maladresses (le film met beaucoup de temps à démarrer et le casting bute sur l’acteur principal qui paraît constamment sous perfusion d’opiacés), réussit à instiguer le malaise chez le spectateur. Après la première demi-heure, on tombe sous le charme de cette communauté rurale qui protège les siens et leurs proches, tout en se débarrassant de façon expéditive de toute personne qui serait vue comme une menace. Des paysans qui cultivent autant la violence physique, que psychologique, chez les petits et les grands. Si l’on fait abstraction de l’acteur principal, le casting est assez épatant.

Réalisé par Govinda Van Maele. Avec Vicky Krieps, Frederick Lau, Pit Bukowski, Leo Folschette.

LES GARÇON SAUVAGES (France)

Le film français qui fait la hype depuis quelques mois. Mandico était connu pour ses courts métrages assez barrés et surtout très poétiques, on l’attendait à la semaine de la critique, finalement Les Garçons Sauvages a percé à l’Etrange Festival, puis aujourd’hui au Festival Premiers Plans d’Angers. On a beau avoir été charmé par ses courts, le passage au long est assez pénible et vain. Si vous êtes sur Paris ou dans les environs de Lyon, n’hésitez tout de même pas à aller voir à sa sortie, vous pourrez briller en société, surtout avec un verre de champagne à la main. Les Garçon Sauvages c’est beau, très beau, mais est-ce vraiment suffisant ?

Réalisé par Bertrand Mandico Avec Pauline Lorillard, Vimala Pons, Diane Rouxel, Anaël Snoek, Mathilde Warnier Sam Louwyck, Elina Lowensohn,

THE RULES FOR EVERYTHING (Norvège)

On termine avec le foutage de gueule du festival, un film marqueté « expérimental », mais qui semble bien plus influencé par les longues pubs conceptuelles qui agressent les spectateurs avant les grosses sorties ciné qu’une réflexion sur l’image et le mouvement. Le tout est narré par une petite fille typique de ce genre de pub et qui débite une certaine lassitude de la vie et des rapports humains. À fuir.

Réalisé par Kim Hiorthøy. Avec Sarah Francesca Brænne, Maria Grazia Di Meo, Eirin Schou Fævelen, Pavle Heidler.

Après un parcours scolaire chaotique et pas mal de soirées vidéo bis, je me réfugie à l'université pour y faire grève et bouffer du film. Je m'y passionne pour la critique et l'écriture de scénario. Depuis, je m'efforce de trouver du boulot là où il est question de ciné. Après La Cinémathèque Française et UniversCiné et des collaborations aux Fiches du Cinéma et Culturopoing, je pris goût à l'ivresse du pouvoir, en 2012, en co-fondant Cinématraque. Je collabore également à La 7e Obsession.

Be first to comment