Engrenages saison 5, « c’est pas des filles, c’est des fauves »

Nos notes

De tous les défauts dont pâtissait sévèrement la saison 4 d’Engrenages – nombreuses invraisemblances, histoires de cœur feuilletonesques, faible caractérisation des personnages – la saison 5 est exempte. Affichant des ambitions thématiques de moins grande ampleur (fini le complot « terroriste » ou le serial killer), la série se concentre sur l’art et la manière de mener une enquête, banalement horrible : le meurtre d’une mère et de sa fille, retrouvées enchaînées dans un canal. Mais ce que la série perd en spectaculaire, elle le gagne en précision.

Avec une maîtrise impressionnante, Anne Landois, la première showrunner française en passe de starification, arrive à concilier un suspense haletant avec le plus strict réalisme. Moins tape-à-l’oeil, l’intrigue laisse toute la place aux engrenages grippés de la police et de la justice, mais impose également des résonances narratives sacrément efficaces entre les déploiements inattendus de l’enquête et le parcours personnel des personnages, sur un sujet aussi peu ou mal traité que celui de la maternité. Le tour de force de cette saison tient en ce que cet artifice de scénariste ne paraisse jamais artificiel. La série, qui s’était octroyée le privilège unique de présenter des personnages de femmes de pouvoir non caricaturaux, tire tout le parti de cette avancée en terre inconnue. Rien de ce qui arrive à Laure Berthaud ou Joséphine Karlsson, soit l’émergence d’une femme derrière la professionnelle, n’a jamais été représenté dans la série française, voire mondiale (à l’exception notable de Borgen). C’est donc avec passion qu’on regarde l’équipe d’Engrenages construire un modèle d’héroïne des temps modernes, laissé vacant jusqu’ici, tandis qu’autour d’elles, les hommes s’inquiètent (« Mais quand vas-tu acheter une poussette ? », s ‘angoisse Gilou !), démissionnent de leur rôle de mari et de père, ou, plus radicalement, meurent.

Mais cette réussite se pondère de quelques ficelles narratives paresseuses. Jonglant entre les différents domaines de la police et de la justice, la série peine souvent à développer des scènes évocatrices et originales pour présenter efficacement un nouveau personnage (ah, l’éternel stagiaire qui tape à l’ordinateur !). Dans ce qui reste le modèle avoué de la série, The Wire, il fallait une scène pour comprendre la résignation du personnage de Lester, mis au placard vingt ans plus tôt, tout autant que l’état général de la police à Baltimore : Mc Nulty l’observait, ébahi, en train de peindre minutieusement des meubles miniatures qui, en les vendant sur ebay, lui permettaient de doubler son salaire. On en attend autant d’Engrenages, qui en s’appuyant sur des qualités largement établies de dialogues (inénarrable conversation entre Fromentin et Gilou sur les « crapauds »), de caractérisation et d’interprétation, pourrait également se dispenser d’un cliffhanger de fin de saison flirtant avec le ridicule.

Engrenages, saison 5, dirigée par Anne Landois. Avec Caroline Proust, Audrey Fleurot, Philippe Duclos, Fred Bianconi, Thierry Godard, Grégory Fitoussi. Son et Lumière/Canal +, France, 2014, 12X52 min.

Saison 5 diffusée sur Canal + du 10 novembre au 15 décembre 2014 et en intégralité en VOD depuis le 10 novembre 2014

Verdict ?

Après une grande période d’addiction à son corps défendant à toutes les séries des années 90 et 2000, elle décide d’aborder les années 2010 avec discernement. Malheureusement arriva « Game of thrones ». Co-responsable du pôle séries de Cinématraque, elle essaie sans grand succès d’obliger les rédacteurs à réévaluer « Battlestar Galactica » et attend avec impatience LE grand article sur « The Shield ». Pas le choix, il va falloir s’y coller…

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