Le Meraviglie : Happyculteurs ?

Le film italien de cette sélection penche plus du côté de Ermanno Olmi que de celui de Fellini. Alice Rohrwacher nous plonge dans la vie d’une famille d’apiculteurs dans la campagne italienne. Le père vit avec deux femmes et quatre filles. Tout le monde participe au labeur et une certaine harmonie se dégage de tout ça, comparable à celle des ruches dont ils tirent le miel. Mais la famille est menacée par un contrôle sanitaire.

On est donc plongé au cœur de la routine familiale dès les premières séquences. La répétition des gestes souligne la monotonie du travail sans que celui-ci soit forcément déplaisant. Les deux petites filles sont à un âge où l’on peut encore se permettre de jouer innocemment, Marinella est dans la période de transition se mettant doucement à participer aux différentes tâches, enfin, Gelsomina, l’aînée est le véritable soutien du père, le bras-droit indispensable. La relation entre le père et ses filles est très intéressante. Assez rustre et sec de prime abord, haussant souvent le ton pour manifester sa colère, il apparaît surtout comme un père essayant en vain de maintenir une tradition familiale archaïque et devient donc rapidement très touchant. Le cinéaste ne cherche pas à défendre à tout prix un mode de vie proche de la nature. Les filles semblent à la fois heureuses mais aussi enfermées dans un cocon qui les empêche d’évoluer. Le tableau que dresse Alice Rohrwacher paraît donc juste et sincère.

Tout ce petit monde est bouleversé par trois événements simultanés : l’arrivée d’un jeune garçon en réinsertion judiciaire, une participation à une émission télé et une annonce d’expropriation pour non-respect des règles sanitaires. Le récit réaliste laisse place à une atmosphère plus étrange dont l’émission télé, présentée par Monica Belluci, est l’aboutissement. La dernière heure demi-heure du film est magistrale et très poétique. En quelques plans, le cinéaste réussi à transcender son sujet et offre une sortie parfaite à ses personnages.

Et l’on se prend à regretter que tout le film ne soit pas dans cette tonalité. Le récit de la vie de ferme aurait en effet pu gagner en force si la mise en scène avait été plus audacieuse. Peut-être que garder une touche poétique pour la fin se justifie, mais il fallait alors accentuer la monotonie de la première moitié du film. On se retrouve en effet dans un entre-deux un peu maladroit et on ne sait pas vraiment ce que le cinéaste essaye de nous montrer. Martin, le garçon venu en soutien, aurait pu être plus développé, par exemple. Le film avait ainsi le potentiel d’être excellent, il est juste bon.

Le Meraveglie reste néanmoins un beau film sur une certaine Italie rurale. Il manque juste d’un peu d’ambition, et la très belle fin nous prouve qu’il aurait pu avoir une toute autre ambition avec un tantinet plus d’audace.

Pourquoi le film aura-t-il la Palme ?

– Parce que l’Italie rurale ça marche souvent
– Parce que personne ne l’attend

Pourquoi le film n’aura-t-il pas la Palme ?

– Parce qu’on l’oublie dès le lendemain
– Parce que les jurés n’aiment pas le miel
Le Meraviglie, d’Alice Rohrwacher avec Maria Alexandra Lungu & Sam Louwyck – Sortie en janvier 2015

Ouvert à la discussion et tolérant, je ne pense pas détenir la vérité sur les films que je critique. Il se trouve seulement que j’ai meilleur goût que vous. Quand je ne regarde pas des films, je lis des comics parce que rêve d’être Peter Parker. Vous pouvez me retrouver sur coup-critique.fr

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