Le Hobbit : La Désolation de Smaug : ne boudons pas notre plaisir

Voici venu le temps des retrouvailles avec Bilbo le Hobbit, pour le deuxième volet d’une trilogie à suivre en 2015. Film-charnière donc, portant ou non la promesse d’une conclusion réussie. On pourrait bien sûr se hasarder à l’exercice d’une comparaison entre le livre de J.R.R. Tolkien et le film de Peter Jackson, mais autant se faire à une idée très simple : nous sommes face à une interprétation, ou plutôt à une lecture personnelle de la part des scénaristes. Le livre originel, qui ne dépasse 250 pages, devient ici une tout autre histoire, la découverte de l’anneau par Bilbo et sa rencontre avec Gollum se teintant ici d’une noirceur plus prononcée.

Tolkien a toujours défendu l’idée selon laquelle il n’y avait pas d’analogie entre l’histoire guerrière de son siècle et son œuvre. Peter Jackson opte pour le choix inverse, et insuffle à ce court récit une dimension historique. Car si le Hobbit du romancier a toujours été envisagé comme une introduction au Seigneur des anneaux, le cinéaste le conçoit comme la Génèse de la Terre du Milieu, et entrevoit Le Hobbit comme un retour de Sauron (alter ego de Voldemort dans la saga Harry Potter). Les scénaristes ont pioché dans les appendices des livres de Tolkien pour ajouter de l’épaisseur à cette quête qui, dans le récit d’origine, reste une aventure dans ses plus simples effets.

En témoignent les disparitions régulières de Gandalf, lesquelles ne se bornent plus à de simples mystères, mais recèlent une double quête : celle de guider les nains, et celle de répondre à ses craintes concernant le retour de Sauron. Alors que les nains prennent le chemin de la forêt, Gandalf part dans un château, où un nécromancier serait en train de préparer une guerre. C’est que Peter Jackson théorise un complot, et que la moindre action participe de ce postulat. Le réveil de l’anneau n’est pas sans conséquence sur la Terre du Milieu, et les orcqs ne sont plus de simple troubles-fête, mais disposent de leur quête propre, afin que la compagnie des nains échoue. De fait, le récit ne ménage aucune séquence de repos. Continuellement dans l’action, Jackson nous enjoint à monter dans le wagon d’un très beau parc d’attraction.

Car l’auteur a le savoir-faire d’un artisan modeste doté de moyens colossaux, un Méliès au temps de sa gloire. Comment ne pas penser à Jurassic Park, quand le personnage de John Hammond évoque son cirque de puce, petit manège fait de faux et d’illusion ? Chez Spielberg, les dinosaures mangent les visiteurs. Hammond, par excès d’orgueil, voit sa création lui échapper, et sa propre industrie le dévorer (pente assumée plus nettement dans le roman de Michael Crichton, où il meurt sous l’attaque de ses créatures). Jackson, lui, ne tombe pas dans le piège de l’illusion pour l’illusion, et n’oublie pas l’ingrédient fondamental : la magie, qui fonctionne à plein lorsque surgit le dragon Smaug, ou lors des séquences qui suivent dans la Montagne Solitaire – une heure où l’illusion fait effet.

Un souvenir d’Alain Bergala, lorsqu’il parlait de ce qui l’avait amené au cinéma. C’était lors de la projection des Dix Commandements, plus précisément la séquence de l’ouverture de la Mer Rouge. C’est à ce moment-là que, pour la première fois, il avait cru au cinéma et à son effet premier : la magie. Peter Jackson s’inscrit dans cette lignée, soucieux de faire vivre l’idée d’un cinéma populaire.

Jamais sans doute l’heroic fantasy n’avait trouvé de cinéaste pour la sortir à ce point de l’imagerie d’un monde trop souvent limité à Conan le Barbare ou Willow. Toutes proportions gardées, Peter Jackson et ses trois co-scénaristes – parmi lesquels Guillermo del Toro, un temps pressenti aux commandes de la trilogie – font ce qu’avait accompli Stanley Kubrick avec le cinéma de genre : fermer la porte derrière lui.

Le Hobbit : La Désolation de Smaug, Peter Jackson, avec Martin Freeman, Richard Armitage, Ian McKellen, Etats-Unis / Nouvelle-Zélande, 2h41.

Cinéaste, il travaille activement sur la question de la mémoire ouvrière. Depuis 2004, il a réalisé un court-métrage de fiction, Fermeture, dans lequel il interroge le devenir des ouvriers. Petit-fils d’ouvriers, il est revenu à Billancourt pour parler de l’usine Renault dans une série de documentaires. Il a réalisé de nombreux clips musicaux, des films d’essai sur l’urbanisme, des reportages web…

2 Comments

  • Répondre juillet 16, 2016

    film streaming

    j’aai trouvé ce film j’ai regarder et suivez l’histoire et comprendre l’histoire c’est tellement beaux merci Jérôme Wurtz piur cette article et j’espére si vous publié plusieurs article surtout de ce film Zootopie et merci encore une fois

  • […] retrouvés ennemis dans l’un des plus imposants blockbusters de ces dernières années, Le Hobbit. Dans Sherlock, les deux anglais peuvent, bien mieux que chez Peter Jackson, montrer […]

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