« Les films que j’aime » de Bertrand Blier

L’an dernier, lors de sa venue pour présider le jury du 1er FIFIGROT, monsieur Bertrand Blier m’avait parlé du cinéma qu’il aimait, de sa manière de travailler. Un régal.
Pour notre nouvelle rencontre, rendons les choses officielles.

1) Le film qui vous a causé votre premier choc cinématographique.
J’ai beaucoup été au cinéma quand j’étais enfant avec mon père. Il m’y amenait, le jeudi, et on y voyait 3 films à la suite. J’ai tellement de souvenirs de films, des westerns. J’avais 7 ou 8 ans. C’est à cet âge-là qu’on est marqué. Le Retour de Frank James avec Henry Fonda : le seul western réalisé par Fritz Lang.

Le Retour de Frank James

2) Le film qui vous a fait dire « je veux être réalisateur ».
Au moment où je me suis dit ça, j’en avais déjà vu beaucoup… mais je vais dire Le Mystère Picasso, parce que j’avais assisté à la projection de travail avec Henri-Georges Clouzot, et le fait de le voir à côté de lui, il s’est passé un truc.

Le Mystère Picasso

3) Le film que vous offrez le plus.
Je n’offre pas ! Jamais ! Sauf à mes enfants. J’aime bien montrer des films à mon fils de 20 ans et voir sa gueule, comme avec Citizen Kane ou Apocalypse Now, c’est sympa de montrer ça à des gamins. Je vais répondre un des films que j’aime le plus : Sonate d’automne, de Bergman.

sonate d'automne

4) Le film que vous ne vous lassez pas de revoir.
Sonate d’automne de Bergman.

5) Le film qui vous fait dire « il devrait être obligatoire au Bac ! »
Que chaque personne devrait avoir vu ? Il y en a tellement.  Touchez pas au grisbi de Jacques Becker.

film-touchez-pas-au-grisbi9

6) Le film qui vous fait dire « c’est mon histoire, ça ! » (un film dont vous êtes le réalisateur serait une réponse trop facile).
Quelqu’un qui aurait fait ma biographie avant que je la vive… il doit y avoir des choses, mais inavouables.  J’ai beaucoup aimé un cinéma de qualité discutable avec les films de Roger Vadim. J’aimais beaucoup cet homme qui était l’un des plus séduisants que j’ai connu, et j’aimais ses films, comme La Curée.

La Curée

7) Le film dont vous avez repoussé le visionnage à cause d’un gros préjugé et qui vous fait dire « les préjugés, c’est tout pourri ».
En effet, ça arrive d’avoir des a priori. Grâce aux DVD, on récupère des films… enfin ce n’est pas ça qui va m’amener à trouver un film de Haneke marrant, ou un Lars Von Trier. J’ai regardé Camille Redouble, en DVD, avec un a priori défavorable, et je dois dire que c’est bien foutu. Et puis Noémie Lvovsky est merveilleuse. C’est une performance.

Camille Redouble

8) Le film dont vos amis disent « tu regardes ça, toi ? »
Ils ne savent pas ce que je regarde, ils ne peuvent pas le savoir. Mais j’ai souvent des scènes avec mes amis cinéphiles, où on n’est pas d’accord du tout. On s’engueule terriblement. Il faut qu’il y ait une différence d’âge pour pouvoir les traiter de petits cons et eux de vieux con.

9) Le film que vous n’avez jamais rendu à son propriétaire… d’ailleurs, il peut toujours courir pour le récupérer.
J’ai toujours rendu les films, ce n’est pas toujours le cas pour les livres.

10) Le film qui vous fait voyager et qui vous a décidé à aller dans les lieux décrits.
L’Amérique a été le grand fantasme des gens de ma génération. La première fois que je suis allé à New-York, j’avais déjà un certain âge, c’était pour Les Valseuses. Tout le cinéma américain m’a donné envie d’aller là-bas.

11) Le film qui vous enracine.
Un film de Jean Renoir.

12) Le film qui devrait être remboursé par la sécurité sociale.
Je cherche une bonne crapulerie, mais je n’en trouve pas… Je vais dire La Dolce Vita.

La Dolce Vita

13) Le film qui ne vous quitte pas.
Dans ma tête ou dans mes poches ? Ce sont plutôt les souvenirs, on n’a pas besoin de les revoir… Probablement aussi La Dolce Vita. C’est un film magique, qui résume assez bien tout ce qu’il y a de charmant et de merveilleux dans le cinéma : la mise en scène, l’acteur, les actrices, tout le monde, tout est bien… Il y a même des longueurs..

14) Le film dont vous pouvez réciter des dialogues par cœur (non… un film dont vous êtes le réalisateur serait une réponse trop facile).
Aucun. Même les miens. Mais je connais des acteurs qui connaissent mes dialogues par cœur. Par exemple, quand je tournais Le Bruit des glaçons, Jean Dujardin et Albert Dupontel jouaient Tenue de soirée, parce qu’il y avait des scènes à la limite de l’homosexualité. Ils refaisaient des scènes entières par cœur, c’était très émouvant.
J’aime beaucoup Drôle de drame. Pendant le dîner, Louis Jouvet demande à Michel Simon où est sa cousine, il répond « chez des amis, des amis que nous connaissons » (à 1’30).

 15) Le film qui est votre dernier coup de cœur.
Ça va nous ramener au muet. Ça doit être le dernier film de Jacques Audiard, De rouille et d’os. Et puis Camille redouble.

De rouille et d'os

Personne connue pour être associée au pole dance, aux mojitos, aux banoffees, aux films hongrois sous-titrés en tchèque, mais pas que, du moins elle l’espère.
Reconnait des plans de films qu’elle n’a pas vus. Même elle ne comprend pas cette compétence, mais ça lui permet de prendre la main qu’elle laisse aussitôt parmi ce groupe d’amis qui ne se connaissent pas. Ça lui suffit pour sourire.

4 Comments

  • Répondre décembre 25, 2013

    manu

    Le mystère Picasso : Vu en classe au collège… ou au Lycée, je ne sais plus… Peut-être avec Pouget ? Enfin, ce commentaire ne concernera donc que l’Author

    • Répondre décembre 25, 2013

      Carine

      Je propose collège, je relance avec mme Gélie, qui n’était pas la femme de mr Gelly (que je sais plus quelle orthographe correspond à qui) je ne vais pas en prison, je ne touche aucun brouzouffes, mais te souhaite de belles fêtes de fin d’année mon Manu avec ta famille. T’embrasse fort

  • […] réponses de Cédric Klapisch se rapprochent de celles de Bertrand Blier, rencontré en septembre de cette année à l’occasion de sa rétrospective à la […]

  • […] « Les films que j’aime » de Bertrand Blier octobre 21st | by Carine […]

Leave a Reply