[Paris Cinéma] Haewon et les hommes d’Hong Sang-Soo

Les films d’Hong Sang-soo ressemblent aux lieux de culte que traversent ses personnages. À la fois espaces, lieux d’itinérance et de pèlerinage, où l’air pur relie les êtres et les égaye. Esquisses, digressions libres, inscrites dans une fabrique obstinée du même qui redouble les scènes en les variant sans cesse. Des œuvres à habiter comme ces lieux de passage familiers et antiques, espaces mentaux où déambulent les amoureux enivrés.

Haewon, une étudiante coréenne, cultive la solitude et les hommes. Attristée par le départ de sa mère venue lui rendre visite, elle renoue avec son professeur de cinéma. De loin en loin, on reconnaît les motifs qui ont fait de Hong Sang-soo le plus immense créateur de la dernière décennie : du professeur qui se rêvait cinéaste aux beuveries collectives, qui ouvrent l’accès à la connaissance, sans oublier l’intrusion du saugrenu au cœur des dialogues, tout perdure et diffère. Turning Gate, The Day He Arrives, Haewon et les hommes : films-jumeaux, films miroirs.

L’écrin du mélodrame, sec, cosmologique, laisse filtrer une mélancolie existentielle ténue. Alternant les zooms et les coupes générationnelles, le cinéaste sonde la nature oisive de l’amour, le chemin vers l’abîme. Mais le comique teinté de légende évacue le fatalisme. Cette palette des émotions est brillamment contenue dans le visage de l’actrice, Jeong Eun-chae. À l’image de la ritournelle de Beethoven, sorte de contrefaçon discount en forme de fil rouge, Haewon et les hommes a la beauté minérale d’un standard que cent interprétations n’épuiseront jamais.

Haewon et les hommes, Hong Sang-soo, avec Jeong Eun-chae, Lee Seon-gyoon, Yu Jun-sang, Corée du Sud, 1h30. Sortie le 16 octobre 2013.

Cousin lointain de Christophe Lambert. Aime Rosetta, Caroline Proust, la 3-D et les fondus enchaînés. S’enivre de films noirs. Devient tout vert quand on lui parle de Lars von Trier. Chasseur de têtes, rayon critique, fétichiste du texte, surtout ceux des autres.

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