« Les films que j’aime » d’Albert Dupontel

La Cinémathèque de Toulouse a eu la bonne idée de projeter l’un des films d’Albert Dupontel – Le Créateur – lors de sa venue.

Pourquoi avoir choisi Le Créateur ?
C’est un film qui n’a pas eu de succès à sa sortie, et pour lequel j’ai beaucoup de tendresse. Un peu comme un enfant maudit : souvent, ceux qui ne marchent pas – je parle des films – on a de la tendresse pour eux. J’aime beaucoup ce film. C’est certainement la seule fois où j’ai vraiment parlé de moi et de mes soucis, de mes pathétiques questions face à la création. En le revoyant, lors de la projection, je comprends la différence qu’il y avait avec Bernie, je comprends que les gens n’aient pas forcément compris, ou n’aient pas envie d’aimer ce film. C’est un peu private, un peu égoïste : c’est l’histoire d’un personnage qui n’est pas vraiment identifiable, pour quelqu’un qui cherche un peu de distraction dans une salle de cinéma. J’accepte la vindicte populaire. Il n’empêche que j’ai toujours beaucoup de tendresse pour le film. On était tous plus jeunes, ça flanque un coup. C’est un très bon souvenir.

1) Le film qui vous a causé votre premier choc cinématographique.
Apocalypse Now, j’avais 15 ans, après il y en a eu une pléiade. Et puis après, je mettrais Brazil.

Apocalypse Now

2) Le film qui vous a fait dire « je veux être réalisateur ».
Il y en a eu plusieurs : Brazil, Sang pour sang, Requiem pour un massacre, La Chair et le sang, et d’autres encore. Ils sont arrivés à un moment tel qu’ils m’ont fasciné.

3) Le film que vous offrez le plus.
Les Lumières de la ville, de Chaplin.

4) Le film que vous ne vous lassez pas de revoir.
Les Lumières de la ville, de Chaplin.

5) Le film qui vous fait dire « il devrait être obligatoire au Bac ! »
10e chambre, instants d’audience de Depardon.

6) Le film qui vous fait dire « c’est mon histoire, ça ! » (un film dont vous êtes le réalisateur serait une réponse trop facile).
Il y a des films qui m’ont beaucoup touché parce que j’aurais aimé être comme le personnage : La Folle journée de Ferris Bueller, par exemple. J’aurais aimé être Ferris Bueller, mais je n’étais pas lui : je restais dans la classe. Ce film m’a mis en joie. Je m’identifiais complètement au personnage-là, je me suis un peu fantasmé aussi.

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7) Le film dont vous avez repoussé le visionnage à cause d’un gros préjugé et qui vous fait dire « les préjugés, c’est tout pourri ».
Tous les Bergman. J’ai repoussé le visionnage de Sonate d’automne, alors que je l’ai eu pendant très longtemps chez moi, et je ne le regardais pas. Je peux citer aussi Un Condamné à mort s’est échappé de Bresson. Comme pour Bergman, une fois que j’en ai vu un, je suis tombé sous le charme, pour ne pas dire la fascination, et je les ai tous vus. Mais j’avais pendant longtemps un putain de préjugé stupide et con, comme quoi Bergman était pour les « intellos », les gens « sérieux ». C’était complètement con. Bresson m’a déçu sur  pas mal de films, mais en tout cas, Un Condamné à mort s’est échappé est remarquable. Ces réalisateurs-là osent ce que je ne sais pas faire : la simplicité. J’ai besoin que les gens s’amusent, il y a des caméras dans tous les coins… C’est quelque part une forme d’impuissance.

sonate d'automne

8) Le film dont vos amis disent « tu regardes ça, toi ? »
Des gens que je ne nommerais pas m’avaient reproché d’avoir vu Tueurs nés d’Oliver Stone.
« Tu regardes ça toi ?
– Oui, tu l’as vu ?
– Non, mais on m’a dit que c’était fasciste ».
L’argument était faible.

Tueurs n+®s

9) Le film que vous n’avez jamais rendu à son propriétaire… d’ailleurs, il peut toujours courir pour le récupérer.
Un coffret Chaplin MK2 collector, super chouette, que l’on m’a prêté et que je n’ai jamais rendu.

10) Le film qui vous fait voyager et qui vous a décidé à aller dans les lieux décrits.
La Grande Vadrouille : je suis passé à Beaune, j’ai retrouvé l’Hôtel du Globe. Ce film m’a tellement marqué quand j’étais môme, que je voulais le revoir. J’ai été voir le lieu en abandon de Brazil, à la périphérie de Londres, sur les indications de Terry Gilliam. J’ai pendant longtemps traîné rue Gazan, qui a disparu depuis. C’était une des rues les plus filmées de Paris, elle avait des arcades. Elle était dans le 13e arrondissement, et comme je n’habitais pas loin, j’y suis allé plusieurs fois. Il y a d’autres films, mais là, vous me prenez de court.

11) Le film qui vous enracine.
Le Casse avec Belmondo, c’est le premier film dont je me souviens. J’ai une tendresse pour lui à chaque fois que je le revois. Je trouve qu’il n’a pas trop mal vieilli. Le rythme est lent, mais c’est efficace, un bon polar. Je devais avoir 7 ou 8 ans, et je suis assez content de mon goût à cet âge-là. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais le cinéma des années 70 était très machiste et les femmes se prennent des claques dans tous les films. Dans celui-ci Bébel, que je ne connaissais pas, parce que j’étais trop môme – je savais qui c’était bien sûr, mais je ne l’avais pas perçu complètement – mettait des claques à sa partenaire. Non seulement c’était violent, mais en fonction du bruit des baffes, la lumière s’éteignait ou se rallumait. Cette scène m’a vraiment impressionné. Globalement, tous les films que j’ai vus ces années-là avaient aussi ce côté-là. Regardez les James Bond, le nombre de fois où Sean Connery met des tartes ! C’est extrêmement machiste et violent. Et ça passait comme un franc éclat de rire. Et quand on le revoit, c’est extrêmement navrant. Le Casse, ça m’enracine… ou alors Les Aventuriers de Robert Enrico, que j’avais vu môme à la télévision. Je me souviens d’avoir pleuré quand Joanna Shimkus meurt et part emportée par les flots, sur une musique de François de Roubaix. C’était vraiment des films populaires, et que je trouve efficaces. L’enfant que j’étais les aimait, et je pourrais les revoir avec grand plaisir.

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12) Le film qui devrait être remboursé par la sécurité sociale.
Les miens, ça m’aiderait pour le financement du prochain.

13) Le film qui ne vous quitte pas.
Je vais me répéter, mais Les Lumières de la ville.

Bertrand Blier m’avait demandé « dans les poches ou dans ma tête », du coup, quel est le film que vous avez toujours en tête ?
Les images que j’ai en tête, il y en a plein, tellement.  Mais pas au moment où je réalise. Si on a le sentiment de  refaire quelque chose  qu’on a vu, il faut tout faire pour l’éviter. Une fois que c’est fini, on se rend compte que malgré tout, ce qu’on a fait est très influencé, ce qui est normal. Quant au film auquel je pense le plus, cela dépend vraiment de l’humeur.  Un soir de cafard, ça sera plutôt Persona, Sonate d’automne, ce sera très sérieux. Un soir de bonne humeur, ce sera La Folle journée de Ferris Bueller. Un soir où je voudrai partager un peu de culture, ça pourra être un Miyasaki, ou un Chaplin. Un soir où j’ai voulu scotcher les gamins, je leur ai montré Apocalypse Now. J’ai une grande installation chez moi, ils étaient sur le cul. Ah si ! Il était une fois dans l’Ouest, je peux le revoir tout seul sans problème. Le travelling circulaire, la lumière de Tonino Delli Colli, la musique d’Ennio Morricone, ce film est une perfection. Tous les films qu’on a aimés, on se rappelle bien où et quand on les a vus. C’était un cinéma de quartier dans les années 70 , j’étais trop jeune quand il est sorti. Mais je me souviendrai toujours de cette soirée : entre les seins de Claudia Cardinale qu’on n’arrive jamais à voir, le regard de Bronson, Henri Fonda gentil qui devient super méchant, la musique… J’ai dû le voir peut-être 100 fois. Et mon fils, coup de bol, a la même fascination. Donc des fois, on se regarde d’un air complice et on se fait Il était une fois dans l’Ouest, en quadriphonie, sur grand écran. On connaît les répliques par cœur.

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14) Le film dont vous pouvez réciter des dialogues par cœur (non… un film dont vous êtes le réalisateur serait une réponse trop facile).
Tous les films que j’aime, comme ceux de Bertrand Blier par exemple. Dans Un, deux, trois, soleil, Claude Brasseur déboule en survêtement dans une conversation entre Anouk Grinberg et Patrick Bouchitey avec « vous êtes en train de parler d’enculés ? ça tombe bien, j’ai mis l’survêtement ». C’est quand même une belle phrase, et qui résume tout.

Bertrand Blier a répondu à cette même question en vous citant, vous et Jean Dujardin, sur le tournage du Bruit des glaçons, refaisant Tenue de soirée. Cela l’avait beaucoup touché.
Jean est un dialoguophile monstrueux. Il est vraiment très fort, il peut réciter des pages entières de dialogues qu’il aime. Sur le Bruit des glaçons, on refaisait beaucoup de scènes de Tenue de soirée. C’était très très plaisant et Blier nous écoutait en tirant sur sa pipe. J’ai rarement autant rigolé sur un tournage.

15) Le film qui est votre dernier coup de cœur.
Je ne vais pas être très original, mais je suis fasciné par la série House of Cards, que je trouve très bien, je l’ai découverte accidentellement. Il y a aussi Happiness Therapy que j’ai découvert cet hiver. A l’Etrange Festival, j’ai revu Folies de femmes d’Erich Von Stroheim. Harold et Maude, réalisé par Hal Ashby, grand cinéaste totalement méconnu, mais formidable. C’est un gosse qui veut se suicider et qui tombe sur une grand-mère. Pour mon prochain film, j’ai voulu le voir et j’ai été emballé.

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Lire aussi notre entretien avec Albert Dupontel à propos de 9 mois ferme.

Personne connue pour être associée au pole dance, aux mojitos, aux banoffees, aux films hongrois sous-titrés en tchèque, mais pas que, du moins elle l’espère.
Reconnait des plans de films qu’elle n’a pas vus. Même elle ne comprend pas cette compétence, mais ça lui permet de prendre la main qu’elle laisse aussitôt parmi ce groupe d’amis qui ne se connaissent pas. Ça lui suffit pour sourire.

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