Artémis coeur d’artichaut, la mythologie invitée sur le campus

C’est une histoire d’amitié revue à la sauce mythologique : celle d’Artémis, étudiante intello et misanthrope, et de Kalie, femme-enfant fantasque et déjantée. Deux jeunes femmes que tout semble opposer mais dont la rencontre n’en sera pas moins ordinaire.

Sous ses apparences de film amateur (petit budget, équipe réduite, tournage éclair, comédiennes non professionnelles), le premier long métrage d’Hubert Viel est une proposition de cinéma drôle et inventive. Ce qui frappe au premier abord est cette liberté de ton, ces dialogues spontanés, ces gestes maladroits. Comme si l’ensemble avait été improvisé, capté discrètement par le trou d’une serrure. Pourtant, l’empreinte du réalisateur est bien présente. Hubert Viel s’est même octroyé un rôle à part entière, celui du « narrateur omniscient ». Avec un côté Nouvelle vague revendiqué (le film est par ailleurs très référencé), les premières images peuvent laisser craindre l’exercice purement stylistique et auteurisant.

Mais pas de nombrilisme ici : le réalisateur parvient à s’échapper derrière son histoire et à imposer un style personnel légèrement suranné, avec un joli sens de l’ellipse. En ce sens, la transformation de l’amant éconduit en cerf est à la fois onirique et anti-démonstrative : filmée hors champ, elle est simplement dévoilée par l’apparition de l’animal sur un mur, en ombre chinoise. Et l’emploi du Super 8 confère à cette histoire fantasque, mais résolument contemporaine, une matière intemporelle, celle du souvenir.

Subtilement pimenté par l’interprétation instinctive de Noémie Rosset et Frédérique Barré, c’est ce savant dosage d’humour fantaisiste et de réalisme mélancolique qui emporte l’adhésion au projet et confère à ce joli petit film une légèreté bienvenue.

Artémis coeur d’artichaut, Hubert Viel, avec Noémie Rosset et Frédérique Barret, France, 1h04.

Cinéphile éclectique, surtout quand il s’agit de cinéma américain (voire anglo-saxon à la limite).

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