Gatsby le magnifique, de Baz Luhrmann – Sélection officielle (Hors Compétition)

Pour toute jeune fille, dans les années 90, la vie ne s’envisage pas sans le regard insomniaque de Roméo, amant de la belle Rosalinde, déambulant sur la plage de Verona Beach. Baz Luhrmann, avec Roméo + Juliette, révélait en l’enfant star issu des séries américaines un virtuose de la langue shakespearienne. Leonardo DiCaprio a ensuite pris l’air du large avec James Cameron avant d’entrer dans les cauchemars du vieux Scorsese… Jusqu’à Tarantino, le talent sommeillait. Et l’innocence ?

Dans Gatsby, Baz Luhrmann filme l’acteur qu’il a révélé comme si quinze ans ne s’étaient pas écoulés entre les deux films. Pendant ce temps, celui-ci a opéré une montée en puissance au bénéfice de laquelle il a sacrifié légèreté et souplesse de jeu. Mais face au monstre figé qu’est devenu l’acteur scorsesien, le regard du réalisateur ne cille pas et pour la première fois depuis quinze ans, Leonardo DiCaprio sourit à l’écran. La relation du réalisateur à l’acteur innerve la figure de Gatsby, momifié dans un passé qu’il ne cesse de vouloir reconstruire, aveugle au décor qui se délite autour de lui, à la fête qui est moins folle, à la gaieté qui a pris le doux nom d’alcoolisme et à l’amour de la jeune fille du temps jadis qui s’est évaporé. Ce qu’on gagne à ne pas oublier ses rêves, nous dit Fitzgerald, c’est pire que rien, c’est la pureté intacte qui nous rend le monde insupportable. Ce rendez-vous de Luhrmann avec son acteur, quoi de plus beau et de plus fitzgeraldien, en somme ? Mais comment alors s’accommoder de la 3D qui, pour une profondeur de pure forme, assombrit le bleu des yeux de Gatsby, spectre de l’amant qu’il aurait pu être ? Que faire de l’incarnation de Nick Carraway par Tobey Maguire, spécialisé dans les emplois de littérateur à la petite semaine ? La mise en abyme compassée du récit n’est ici qu’un pauvre artifice mis en œuvre pour conserver en voix off le texte de Fitzgerald… bien trop beau pour toute cette petite cuisine.

Gatsby le magnifique, de Baz Luhrmann avec Leonardo DiCaprio, Carey Mulligan, Tobey Maguire, Etats-Unis, 2013, 2h22, 3D

Après une grande période d’addiction à son corps défendant à toutes les séries des années 90 et 2000, elle décide d’aborder les années 2010 avec discernement. Malheureusement arriva « Game of thrones ». Co-responsable du pôle séries de Cinématraque, elle essaie sans grand succès d’obliger les rédacteurs à réévaluer « Battlestar Galactica » et attend avec impatience LE grand article sur « The Shield ». Pas le choix, il va falloir s’y coller…

3 Comments

  • […] ils travaillent. En cela, la relation décrite entre Perkins et F. Scott Fitzgerald, l’auteur de Gatsby Le Magnifique, dépeint très bien cette complicité si importante dans l’élaboration d’un roman. Genius […]

  • Répondre mai 16, 2013

    Isabelle

    Bonjour,

    j’ai bien aimé votre article. Cependant, je vous trouve un peu trop dure dans votre critique, d’autant plus que vous n’argumentez pas beaucoup les raisons pour lesquelles vous n’avez pas aimé le film. Bon, cela dit, je n’ai pas trouvé que The Great Gatsby par Luhrmann était exceptionnel. Cependant, Leonardo di caprio incarne parfaitement, selon moi, la sensibilité, le mystère et la passion de son personnage.

    Isabelle

    • Répondre mai 16, 2013

      Elsa Renouard

      Bonjour Isabelle,
      En fait, je suis assez d’accord avec vous. Leonardo Di Caprio et la façon dont BL le filme sont pour moi les gros points forts du film. Mais il me semble que le réalisateur, bien connu par ailleurs pour ses mises en scène d’opéra et sa capacité à actualiser les textes classiques, échoue à trouver un dispositif narratif qui transpose le livre de Fitzgerald. Les surimpressions du texte en 3D, la voix off, les scènes de Tobey M. avec le psychiatre… tout cela est visuellement très pauvre et peu original. On ne comprend pas grand chose sur Gatsby et ses illusions qui ne soit pas asséné par la voix off. Après, les films de Baz Luhrmann, ce sont toujours de sublimes costumes, des reconstitutions éclatantes. Mais son style s’accordait mieux avec la pétulance shakespearienne, il me semble, qu’avec la nostalgie presque insaisissable de Fitz.

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