Sympathy for Delicious, l’évangile selon Saint Mark

Tout a commencé par un e-mail mystérieux : « Mark Ruffalo juste pour toi en projo, tu kiffes ? Y a de la sueur et pas mal de biscottos ». Je vérifiais l’adresse plusieurs fois. D’abord parce que je n’ai jamais compris le microphénomène autour de Mark Ruffalo. Il a de beaux traits et les dents propres mais son it, c’est plus celui du beau-frère préoccupé par l’avenir de ses enfants que d’un sex-symbol (je dirais la même chose de James Franco, mais peut-être ai-je un problème avec les italo-américains). Ensuite, parce que je suis cloîtrée chez moi depuis six mois à faire du latin, ce qui aurait anéanti, crus-je, mon aura de fille à la mode, celle des soirées déglingues qui se terminent dans les poubelles à côté de La Féline, qui jouit des corps imberbes de jeunes éphèbes, qui pète quand tu craches… cette fille qu’on envoie dans les projos chaudes comme la braise. Flattée, j’acceptai, remis un coup de rimmel et considérai d’un œil neuf le Marko, coquin beau-frère qui fait du pied sous la table en faisant briller ses dents d’un sourire moins angélique qu’il n’y paraît. Petit pervers.

Horreur et stupéfaction, stupeur et tremblements, stupre et lucre, Sympathy for Delicious narre les aventures de Delicious, DJ handicapé qui a le don de soigner par application de sa main sur le malade. Mark Ruffalo est… PRÊTRE. Las, mon air contrit et mes robes de bure n’étaient pas passés inaperçus, j’étais envoyée en ces lieux pour mon expertise cléricale. Soit. Commençons par dire que les américains, y comprennent rien à la religion. Comment voulez-vous qu’un peuple qui n’a connu ni l’inquisition, ni la Saint-Barthélemy puisse saisir la révolution profonde que fut la parole de Jésus ? Ils sont tous évangélistes mon cul, en ont rien à foutre de l’élévation spirituelle et se servent de Dieu comme d’une ceinture de chasteté pour modérer les ardeurs de leurs pétasses peroxydées (avant le mariage). Qu’attendre alors du film de Mark Ruffalo ? Côté dépravation, Orlando Bloom torse nu et cette chienne vieillie de Juliette Lewis. Côté cinéma, une caméra qui tremble quand on voit les pauvres et des plans fixes dans la prison + afféteries Sundance (dans le dernier plan, l’handicapé repentant part sur une route dans le désert à petits coups de roue, avec un beau coucher de soleil… mais que se passera-t-il dix minutes après la fin du film ? Mourra-t-il de soif sur le bas-côté de cette route désertique ? N’évoquons même pas l’inévitable scène où le prêtre enlève d’un geste rageur son col romain – et rien d’autre). Côté religion, un Dieu accommodant qui récompense la BA désintéressée par un miracle illico, mais punit le miracle réalisé au cours d’un concert de rock (mais quelle idée foireuse, brebis égarées !). En résumé, aller voir Sympathy for Delicious, c’est pêché. Le pape François vous conseille plutôt Hadewijch de Bruno Dumont. Amen.

Sympathy for Delicious, Mark Ruffalo, avec Christopher Thornton, Mark Ruffalo, Juliette Lewis, Etats-Unis, 1h37.

Après une grande période d’addiction à son corps défendant à toutes les séries des années 90 et 2000, elle décide d’aborder les années 2010 avec discernement. Malheureusement arriva « Game of thrones ». Co-responsable du pôle séries de Cinématraque, elle essaie sans grand succès d’obliger les rédacteurs à réévaluer « Battlestar Galactica » et attend avec impatience LE grand article sur « The Shield ». Pas le choix, il va falloir s’y coller…

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