Le Dernier rempart : Une ride de plus

Nos notes

Bruce, Sylvester et Arnold entrent dans un bar. Après quelques verres et plusieurs bobards, ils finissent par comparer leurs cicatrices.

Celle-là, dit Bruce, je me la suis faite pendant le tournage de Die Hard With a Vengeance. J’avais pissé le sang partout et Samuel en était recouvert.

Celle-ci, affirme Sylvester, je l’ai eue pendant le tournage de Rocky 4. C’est Dolph qui avait frappé un peu trop fort. Il m’a laissé lui filer une torgnole de toutes mes forces pour se faire pardonner.

Et celle-là, demande Bruce à Arnold en pointant du doigt une longue fissure que ce dernier a sur le front, tu l’as eue comment ?

Ce n’est pas une cicatrice, répond Arnold : c’est une ride.

Nos héros ne sont plus ce qu’ils étaient. Après les retours au cinéma d’action d’antan – films dans lesquels on moque leur âge – pour Willis et Stallone, c’est au tour de Schwarzenegger de reprendre le boulot et de couvrir les vilains de châtaignes. Mais alors que Stallone se contente de recréer nostalgiquement les films d’autrefois, et que Willis – n’ayant aucun cheveu auquel faire subir le supplice – grisaille la direction photo de ses films, nous étions en droit d’attendre plus du nouveau Schwarzy.

Schwarzy est l’un de ses petits noms. Je l’utilise par affection.

C’est que le film en question – The Last Stand – est réalisé par Kim Jee-Woon, réalisateur du terrifiant A Tales of Two Sisters, du déjanté The Good, The Bad and The Weird et de l’hyperviolent I Saw the Devil. Alors, sans nécessairement espérer un film terrifiant, déjanté et hyperviolent, la possibilité de quelque chose de différent était au moins présente.

Ce n’est malheureusement pas le cas. Si l’on sent un effort de la part du réalisateur sud-coréen pour exagérer les clichés, et ainsi leur insuffler un peu de vie, le tout reste plutôt bancal. On s’amuse d’une évasion improbable, ou d’une fusillade finale énergique, mais rien ne surprend réellement. La faute à un récit à numéros, où tout est annoncé d’avance et où le vilain, franchement faible, n’a rien de bien méchant, hormis une vilaine mèche blonde dans les cheveux. La machine hollywoodienne est passée par là. Les moments où le film affiche une certaine excentricité sont les meilleurs, mais donnent l’impression de ne pas pouvoir prendre toute leur ampleur. Ampleur qu’ils pourraient avoir dans un autre film. Un film sud-coréen, probablement.

Ce ne sont quand même pas les seuls bons moments. À l’image d’un ExpendablesThe Last Stand comporte sa part de clins d’œil à la carrière de sa vedette. Ici, Arnie – c’est son petit nom – fait référence à son caractère d’immigré, porte des lunettes, a les articulations qui craquent, affirme qu’il a déjà vu beaucoup trop de violence dans sa vie. Les références sont généralement bien foutues, amusantes même, mais ne relèvent pas d’un point de vue, plutôt d’un passage obligé pour que le retour annoncé du héros soit complet. Retour que l’on veut nécessairement affublé d’une nostalgie gérontophile, histoire de rappeler de meilleurs moments à son public.

Le problème est alors que l’on a beau faire d’affectueuses références à d’autres films, celui-ci n’en est pas automatiquement sympathique. Ou qu’un peu. Parfois.

Une petite déception, donc. Petite, car on en attendait pas grand-chose. Non que l’on se retrouve avec rien, mais l’objet filmique qu’est The Last Stand est bien faible, quoique traversé par quelques bons moments. Dommage. Terminator est capable de beaucoup plus solide. C’est son petit nom. Mon préféré. Je l’utilise par affection.

Le Dernier rempart, Kim Jee-woon, avec Arnold Schwarzenegger, Jaimie Alexander, Peter Stormare, Etats-Unis, 1h47.

Verdict ?

« 26 janvier 1988, le monde change, Olivier Bouchard naît. Vingt-trois années plus tard, après avoir reçu les honneurs pour ses études en scénarisation cinématographique à l’UQAM, la plus prestigieuse université hippie d’Amérique du Nord, il fait un voyage culturel en France où il devient rédacteur vedette (parmi plusieurs autres) pour Les Fiches du Cinéma et Cinématraque. Sa cinéphilie est caractérisée par son amour des films ennuyeux, d’où son intérêt pour Alain Resnais, mais son écriture personnelle est définie par l’humble désir de fictionnaliser sa propre vie « avec le même talent qui se retrouvait chez Fellini ».

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